[Infographie] Chaos climatique : comment le réchauffement destabilise déjà la planète

Perpétrées quelques jours avant l'ouverture de la COP21, les attentats du 13 novembre 2015 ont fait entrer en collision deux thèmes qui se rencontraient rarement : terrorisme et changement climatique. Il ne s'agit pas que d'une affaire d'agenda : comme de nombreux commentateurs l'ont souligné au lendemain des attaques, le changement climatique a joué un rôle dans la déstabilisation de la Syrie et in-fine la montée de Daesh.
Ce cas, n'est pas unique. Même si le changement climatique ne peut pas être rendu seul responsable d'un conflit, pas plus qu'aucun autre facteur politique, social, économique ou culturel pris isolément, son rôle dans le déclenchement ou l'aggravation de crises est d'ores-et-déjà visible. Un monde qui se réchauffe est un monde plus violent.
Infographie : à la veille de la COP21, liens entre changement climatique et conflit, guerre ou terrorisme


Sécheresse et guerre civile : le cas d'école syrien


Entre 2006 et 2010, la Syrie a connu sa sécheresse la plus sévère jamais enregistrée. Le Croissant Fertile a toujours vécu dans l'alternance de périodes sèches et humides mais depuis le début du XXe siècle on observe une baisse des précipitations et une hausse marquée des températures dans la région :
La syrie connait une baisse des précipitations depuis le début du XXe siècle et des sécheresses plus fréquentes
Précipitations, température et sécheresses dans le Croissant Fertile (source)
Ces tendances sont cohérentes avec les réponses des modèles climatiques à une augmentation de la concentration en gaz à effet de serre et elles devraient se poursuivre à l'avenir. Il n'est pas possible d'affirmer avec certitude que la sécheresse des années 2006-2010 a été causée par le réchauffement climatique mais les modèles nous disent qu'en modifiant le climat nous avons rendu deux fois plus probable un phénomène de cette ampleur.

Cette sécheresse a détruit une grande partie des récolte et des troupeaux. La production d'orge, par exemple, a baissé de 67%, la production de blé de 82% dans les zones non-irriguées... Or l'agriculture employait à l'époque 40% de la population syrienne, près de 1.5 millions de syriens ont été obligés de quitter leurs fermes pour se réfugier en ville, bouleversant leurs modes de vie et faisant augmenter rapidement le taux de chômage. La sécheresse a aussi entraîné une hausse des prix alimentaire et des conflits pour l'accès à l'eau, aggravés par la politique du gouvernement Syrien privilégiant des cultures d'exportation comme le coton.
Il est difficile de faire la part des multiples raisons qui ont conduit à la guerre civile syrienne. Mais il est évident que le mécontentement naît de cette situation a joué un rôle dans le soulèvement de 2011.


Le climat multiplicateur de crise au Mali


Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les précipitations ont très fortement baissé dans la région sahélienne. La encore, les modèles pointent du doigt les forçages anthropiques du climat et prévoient une aggravation de la situation à l'avenir.
les précipitations ont fortement baissé depuis un siècle au sahel, le forçage anthropique du climat est en partie responsable
Le Mali a été affecté par la sécheresse en 2010, comme l'ensemble de la bande sahélienne, et de nouveau en 2012. Ces épisode ne sont peut-être pas à l'origine de la déstabilisation du pays et de la guerre de 2012-2013 mais ils ont agit comme multiplicateur, amplifiant la gravité de la crise. Lorsque l'insurrection touareg a repris dans le nord du pays, elle s'est ajoutée à la famine pour pousser les maliens sur les routes : en 2012, selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, 350.000 personnes ont fuit vers les pays voisins et 200.000 ont été déplacés à l'intérieur du pays. Le coup d'état militaire du 22 mars 2012 se voulait une réponse à cette situation mais il a eu pour effet d'interrompre les aides étrangères dans un moment de grande vulnérabilité. Le chaos qui a suivi a accéléré la chute du Nord-Mali et l'implantation de militants islamistes, rendant finalement nécessaire l'intervention française.

Il est intéressant de noter que, de même que la Syrie passait il n'y a pas si longtemps pour un îlot de stabilité au Proche Orient, le Mali était régulièrement cité en exemple pour sa transition démocratique et son dynamisme économique. A posteriori ces États nous apparaissent faibles et condamnés à l'instabilité mais peu de gens aurait tenu ce discours il y a seulement 5 ans.


Tensions autour des fleuves asiatiques

 
Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler, le changement climatique va avoir des impacts sur le régime des fleuves d'une part parce qu'il modifie la répartition et la quantité des précipitations et d'autre part parce que les glaciers, qui servent de réserves et de régulateur du débit, reculent. Dans ces conditions, la question de la répartition de l'eau se pose, en particulier pour les fleuves transfrontaliers.
Ces tensions sont particulièrement fortes en Asie : les glaciers de l'Himalaya sont les troisièmes réserves d'eau douce de la planète (après les calottes polaires nord et sud) et les fleuves qui y prennent leurs sources alimentent de centaines de millions de personnes tout en coupant des frontières déjà conflictuelles. Le Gange et ses affluents, par exemple assurent l’approvisionnement en eau de 400 millions de personnes en traversant quatre pays (Chine, Népal, Inde et Bangladesh).

Pour ne développer qu'un seul exemple, le projet de barrage de Rogun au Tadjikistan est une source de tension régulière avec l'Ouzbekistan qui se trouve en aval et dépend du débit de la rivière Vakhsh pour l'irrigation de ses cultures, notamment le coton. La rareté de l'eau est déjà considérée comme le principal obstacle au développement en Asie Centrale et les tensions s'aggravent alors que le changement climatique rend plus probable des vagues de chaleurs comme celle qui a touché la région en 2010.

Katrina ou le potentiel de disruption d'un événement climatique


Il est impossible de dire de façon certaine qu'un événement ponctuel est causé par le changement climatique (de même qu'il est impossible de démontrer l'inverse), ce qui est certains par contre c'est que les modèles climatiques prévoient des ouragans plus violents (mais pas plus fréquents) et que les dernière décennies ont connu un nombre inhabituel d'ouragans de catégorie 4 et 5.
C'est dans cette tendance qu'il faut replacer Katrina, une des plus puissante tempête à avoir touché les États-Unis. Le lundi 29 août 2005, Katrina s'abat sur la Louisiane et sur la Nouvelle-Orléans, une ville qui se trouve en partie sous le niveau de la mer. Sous le choc, 53 digues cèdent et 80% de la ville est inondée avec parfois des hauteurs d'eau de plusieurs mètres.

Le décompte des victimes fait état de 1464 morts. De façon peut-être encore plus préoccupante, la catastrophe a provoqué une vacance du pouvoir et des réactions dictées par les préjugés raciaux. Les journalistes présents sur place ont rapporté des vagues de meurtres et de viols qui se sont avérées imaginaires, tout comme les pillages à grande échelle. Certaines villes ont refusé d'accueillir les réfugiés, allant même parfois jusqu'à repousser les armes à la main les survivants qui fuyaient à pied.
Le 31 août, la gouverneure de Louisianne déclarait l'état d'urgence, le 2 septembre elle faisait appel à l'armée pour rétablir l'ordre à la Nouvelle Orléans. Jusqu'à 46.000 soldats ont été déployés dans la ville.

Ce désastre illustre à quel point un phénomène climatique peut être déstabilisant même pour un pays aussi avancé que les États-Unis. L'absence du pouvoir et le sentiment d'abandon des populations l'exacerbation des tensions préexistantes dans la société, la dissolution des solidarités au sein même d'un État... Peut-être surestimons-nous notre capacité de résilience alors que ces phénomènes sont appelés à devenir plus fréquents ?

Publié le 20 novembre 2015 par Thibault Laconde



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2 commentaires :

  1. Bonjour,

    Sur fond de dérèglement climatique et de dérive de la société moderne, je vous présente une fiction surréaliste mais totalement plausible. J’ai suivi, en effet, le parcours d’une famille dont la vie va être profondément bouleversée. Alexandre, le père de famille, fait preuve d’un extraordinaire instinct de survie. Il pressent l’imminence d’une catastrophe climatique et décide précipitamment de tout quitter pour se réfugier avec ses proches en altitude, dans le massif des Bauges, en Savoie. Une microsociété fragile et inexpérimentée va alors se constituer dans laquelle chacun va devoir trouver sa place. Un monde à la fois plus exigeant, mais tellement plus simple à bien des égards se dessine peu à peu. Les protagonistes de l’histoire se rendent peu à peu compte que cette terrible épreuve est finalement peut-être une formidable chance pour eux et pour le monde qui a survécu. Malgré les privations du confort moderne et les dangers qui guettent, le bonheur semble plus accessible.

    Je défends ainsi dans ce livre les principes fondamentaux de toute vie en société : solidarité, respect, éducation et préservation. J’interroge aussi le lecteur sur la nécessaire prise de conscience collective de nos impacts individuels sur la société tout entière. La fin est totalement inattendue et redonne du poids au choix du titre du roman. Après avoir voyagé au creux de ces magnifiques montagnes sauvages et préservées, le lecteur revient à sa réalité avec de nombreuses questions auxquelles il peut entrevoir certaines réponses. Que faudrait-il faire pour que cela n’arrive jamais ? Si cela devait malgré tout arriver, comment nous comporterions-nous nous-mêmes ?

    Si ce roman vous intéresse, n’hésitez pas à me le faire savoir. Je vous invite également à visiter le blog du roman : http://renaissance-le-livre.blogspot.fr/

    Bonne journée.

    Bien cordialement.

    Nicolas Duffaud

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