31 juil. 2014

Ukraine, Syrie, Gaza... Que dit vraiment le droit international de la protection des populations ?

Prévert disait de la guerre qu'elle serait un bienfait des dieux si elle ne tuait que les professionnels. En ouvrant les journaux ces jours-ci, on peut mesurer la distance qui nous sépare de cette utopie. Les conflits actuels sont particulièrement cruels pour les civils : tués ou blessés, déplacés, séparés de leurs proches, détenus, soumis aux privations...

Pour nous qui ne sommes que spectateurs, plus encore que les souffrances, c'est la passivité et l'impuissance de la communauté internationale qui semble intolérable. Ne pourrait-on pas intervenir ? Obliger au moins les belligérants à respecter les populations civiles et à laisser passer l'aide humanitaire ?
Tout cela semblerait naturel et de bon droit, mais qu'en dit réellement le droit international ?


Conventions de Genève : la protection des civils héritée de la Seconde Guerre Mondiale


Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, il n'existait pratiquement aucune protection pour les populations civiles. Le droit de la guerre hérité des conflits du XIXe siècle ne traitait que des combattants, notamment des armes qu'ils pouvaient ou non utiliser et de leur sort une fois fait prisonnier ou blessé.
En 1945, alors que l'on dénombre près de 50 millions de morts civils, il est évident que ces textes ne sont plus adaptés. La quatrième convention de Genève, adoptée en 1949 et ratifiée par 196 États, est destinée à corriger ce manque. Elle oblige chaque État à protéger les civils se trouvant sur les territoires qu'il occupe et à assurer leur ravitaillement et l'accès aux soins (art. 55 et 56). Dans le cas où la puissance occupante n'est pas en mesure de remplir ces obligations, elle doit accepter l'aide fournie par un État tiers ou une organisation humanitaire et assurer sa libre circulation et sa protection (art. 59).

Mais voilà, le droit international est toujours en retard d'une guerre : la plupart des garanties des conventions de Genève ne s'appliquent qu'en cas de conflits entre États. Que se passe-t-il en cas de guerre de civile (comme en Syrie) ou lorsqu'un des belligérants se cache derrière des groupes armés (l'Ukraine) ou ne reconnaît pas son adversaire (Palestine) ?
Pour les conflits "ne présentant pas un caractère international" seul s'applique l'article 3 commun aux quatre conventions de Genève. Il interdit notamment le meurtre, la torture ou la prise en otage des personnes ne participants aux hostilités, mais il n'oblige pas les belligérants à se préoccuper du bien être des populations civiles ou à accepter l'aide humanitaire.


Et que se passe-t-il en cas de violation ?


Mais même ces droits minimaux ne sont pas toujours respectés. Les responsables peuvent avoir à répondre de crimes de guerre mais pas avant des années de procédure. Que faire face à une danger immédiat pour les populations ? La communauté internationale peut-elle intervenir pour assurer leur protection ?

26 juil. 2014

Le prix du low-cost (article invité)

Il y a quelque jours, j'ai lu par hasard un article intéressant intitulé "The high cost of low price" sur le blog d'Elliott Ruzicka. Avec son aimable permission je vous le propose ici traduit en français :

Il y a 100 ans, les habitants de New York pouvaient trouver sur leurs étals des oranges, des bananes, des ananas et d’autres fruits exotiques qu'il était impossible de cultiver à proximité. Au XVIIIe siècle, l’aristocratie britannique se fournissait déjà en sucre des Indes Occidentales. A cette époque où la mondialisation connaissait ses premiers balbutiements, il n'était pas rare qu'un produit parcoure la moitié du globe pour témoigner de la gloire de l’Empire et son industrie… mais cela avait un prix. Car, oui, transporter un objet par-delà les océans coûte de l’argent.

Pourtant aujourd’hui nous profitons de produits venus des quatre coins du monde sans même nous en apercevoir. Je peux aller dans un magasin chercher de quoi préparer mon repas du soir et rentrer chez moi avec des souvenirs de cinq pays différents. Les prix sont bas et l'offre omniprésente. Que s’est-il passé ?

C’est d'autant plus surprenant que certains de ces articles sont aussi produits localement mais coûtent plus cher que leur version importée. En partant du principe que la qualité est la même, comment expliquer que le coût du transport ne tire pas vers le haut les prix des produits importés ?

La réponse est simple : un prix ne ne s’exprime pas uniquement de façon monétaire. Comment les Grandes Pyramides, la Muraille de Chine ou les chemins de fer transcontinentaux ont-ils pu être construits sans mettre en faillite les États ? Facile : ces projets ont été nourris de sacrifices humains jusqu’à ce qu’ils soient achevés. La mort et les souffrances peuvent fort bien remplacer l'argent. De la même façon, le coût du transport des produits importés est souvent compensé par l'exploitation de travailleurs étrangers, qui peinent pour un salaire et dans des conditions qui ne seraient pas acceptables localement.

Pour certains, il ne s’agit que d’une question d’offre et de demande. Ces travailleurs acceptent librement un contrat parce que la demande d’emploi est élevée. Le philosophe John Rawls pourrait leur répondre qu’accepter librement un contrat ne suffit pas à le rendre équitable et juste. Car, dit-il, les deux parties n’ont pas nécessairement la même liberté d’accepter ou non l’échange et la même connaissance du marché - un peu comme un enfant qui accepterait d’échanger ses timbres avec un adulte opportuniste.

Quand nous achetons un produit local, nous sommes nombreux à nous étonner de son prix élevé par rapport aux produits importés low-cost auxquels nous sommes habitués. Mais en réalité même si le coût monétaire de ces produits est bas, nous payons un prix bien plus élevé en nourrissant des injustices. En choisissant de les acheter alors que des alternatives existent, nous apportons notre soutien à la façon dont il ont été fabriqués. C’est peut-être désagréable à entendre mais un produit responsable nous coûtera toujours un peu plus d’argent, nous devrions l’accepter et même le revendiquer : bâtir une société plus juste a un prix.

 * * *

15 juil. 2014

COP21 : Un guide du citoyen engagé en vue de la Conférence de Paris sur le climat

Paris Climat 2015/COP21 : mode d'emploi pour association, citoyen, société civile
Dans un peu plus d'un an aura lieu en France la 21e conférence internationale sur le climat. Après l'expiration du protocole de Kyoto et l'échec de la conférence de Copenhague, la réunion de Paris apparait à beaucoup comme la toute dernière chance d'endiguer les émissions de gaz à effet de serre et d'éviter un dérèglement climatique catastrophique... et ce rendez-vous avec l'histoire aura lieu en France.

Vous vous demandez comment vous impliquer ? Voici ce que vous devez savoir...

Quels sont les enjeux de la COP21 ?

Le principal enjeu de la conférence de Paris est la mise en place d'un mécanisme de limitation des émissions de gaz à effet de serre pour prendre la suite du protocole de Kyoto à partir de 2020. Ce mécanisme sera-t-il contraignant ? Quels sont les pays qui y en feront partie ? Les limites d'émission fixées seront-elles compatibles avec un réchauffement limité à 2°C en 2100 ?

Un enjeu plus discret mais tout aussi important porte sur l'adaptation au changement climatique : le phénomène se fait déjà sentir et même avec un accord ambitieux à Paris certains pays, notamment les Etats insulaires, auront à souffrir de ses conséquences. Comment aider les future victimes à se préparer ? Comment les indemniser ? Quels statut sera accordé aux futurs réfugiés climatique ?


Informations pratiques : où et quand ?

La Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 aura lieu du 30 novembre au 11 décembre 2015 au Bourget.

12 juin 2014

Prendre en compte l'environnement dans une organisation humanitaire, pourquoi et comment ?

J'ai été invité aujourd'hui au Salon des Solidarités pour parler de la prise en compte de l'environnement dans l'humanitaire. Je vous propose ici, tel que j'ai pu le reconstituer, le verbatim de cette conférence.

J'interviens après deux ONG (le GERES et Bolivia Inti) qui placent la protection de l'environnement au cœur de leurs actions. Mais qu'en est-il pour une organisation comme Action contre la Faim dont le mandat ne fait pas explicitement référence à cette question ? Doit-elle aussi se préoccuper de son environnement ?
Vous vous en doutez, je vais essayer de vous convaincre que oui. J'expliquerai ensuite ce que signifie pour ACF "prendre en compte l'environnement" et quelques-unes des difficultés que cela soulève. Enfin je vous décrirai les grandes lignes de notre démarche de responsabilité sociale et environnementale.

Pourquoi  les humanitaires devraient-ils se préoccuper d'environnement ?


Il ne vous aura pas échappé que même étymologiquement, il y a une contradiction entre les termes "humanitaire" et "environnement". D'un coté "les personnes qui s'intéressent au bien de l'humanité, cherchent à améliorer la condition de l'homme" de l'autre "l'ensemble des éléments qui entourent notre espèce"... dire qu'un humanitaire se préoccupe d'environnement, ça ressemble beaucoup à une oxymore.
Je pense qu'il est bon de garder ce constat à l'esprit et d'assumer que, quoi qu'il arrive, le rôle des humanitaires est de préserver des vies humaines avant de préserver la nature.

Ceci dit, il existe tout de même de bonnes raisons pour que les humanitaires se préoccupent de leur environnement. J'en compte quatre :
  1. D'abord, c'est le plus évident, parce que nous y sommes obligés. Notre action est régie par de nombreuses règles : réglementations locales, droit international, exigences des bailleurs de fonds, "droit mou" constitué par nos chartes, nos principes humanitaires, nos codes de conduite... Dans chacune de ces catégories se trouvent des règles qui nous obligent à un minimum de considération pour notre environnement.
    On peut citer par exemple dans la première catégorie l'article 75 de la loi Grenelle 2 qui oblige les organisations de plus de 500 salariés à faire un bilan des émissions de gaz à effet de serre. Dans la seconde catégorie - les règles bailleurs - le critère d'évaluation "développement durable" utilisé par l'Agence Française de Développement. Et dans la troisième, le principe de "ne pas nuire" ou l'exigence de transparence de la charte d'ACF.
  2. La seconde raison, c'est la gestion des risques. Ne pas prendre en compte l'environnement expose votre organisation à des risques, par exemple des risques d'image, des risques financiers (amendes, remise en état...) ou des risques sanitaires et sociaux...
    Mais surtout ne pas prendre en compte l'environnement expose les populations qui vous entourent à de graves risques. On pourrait citer des dizaines d'exemples, je ne vais en rappeler qu'un - dont nous n'avons à mon avis pas encore pris toute la mesure : la crise du choléra en Haïti. Le rapport du groupe d'experts indépendants de l'ONU a établi que l'épidémie était vraisemblablement partie d'effluents d'un camps de la MINUSTAH rejetés dans un affluent de l'Artibonite. Au départ, on a bien un problème environnemental, assez bénin d'ailleurs : une mauvaise gestion des eaux usées. Et à l'arrivée, il y a près de 8.000 morts, c'est-à-dire en ordre de grandeur autant que la catastrophe de Bhopal, la pire catastrophe industrielle de l'histoire !
  3. La troisième raison est un peu plus positive : prendre en compte l'environnement permet d'améliorer l'efficacité de l'aide. D'abord, parce que lorsque vous réduisez vos émissions de polluants, vos consommations d'énergie ou de matières premières, lorsque vous faites la chasse aux gaspillages... vous réduisez votre empreinte environnementale mais vous devenez aussi une organisation plus sobre, qui sera capable de faire plus avec les mêmes moyens.

    Un groupe électrogène rencontré en mission : performance environnementales
    et économie de carburant garanties...
    Ensuite parce que l'efficacité d'une organisation humanitaire ne se juge pas seulement au nombre de vies sauvées. Dans les années 90, ACF avait un slogan que j'aime beaucoup : "sauver les vies menacées, protéger les vies sauvées". Et c'est vrai que si vous portez secours à une population et que vous leur laissez ensuite un environnement dévasté, incapable de satisfaire leurs besoins ou dangereux pour leur santé, vous avez manqué votre objectif, et de très loin. Vous êtes là pour sauver des vies, mais vous devez aussi, pour reprendre une expression d'André Briend, assurer "la qualité de la survie".
  4. Enfin, prendre en compte l'environnement permet d'améliorer l'utilité sociale de votre organisation. Qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le bilan de votre organisation ne se juge pas seulement sur les effets de ses programmes. Votre fonctionnement aussi a des impacts sur la société et l'environnement. En les prenant en compte, par exemple en adoptant des pratiques d'achats responsables, vous allez créer ce que l'on appellerait dans le secteur marchand des externalités positives et ainsi améliorer le bilan global de votre organisation. A l'inverse évidemment, si vous négligez cette question, votre fonctionnement pourra avoir des impacts négatifs qui effaceront en partie les effets positifs de vos programmes.
En conclusion, ce que vous devez retenir si vous voulez convaincre au sein de vos propres organisations, c'est que les humanitaires ne protègent pas la nature pour protéger la nature mais parce que, à terme, cela leur permet de sauvegarder les conditions de vie et la santé des populations.

25 mai 2014

Fiche de lecture : "L'effondrement de la civilisation occidentale" de Erik Conway et Naomi Oreskes

"L'effondrement de la civilisation occidentale" - Erik M. Conway, Naomi Oreskes
Le changement climatique nous mène droit à une catastrophe sans précédent, nous le savons, nous avons les moyens de réagir, et nous ne faisons rien ou si peu. Lorsqu'il est écrit au présent, ce constat est déjà connu, banal même, au point qu'il devient difficile de s'en alarmer sans passer pour un vieux radoteur de mauvais augure.

Alors pourquoi ne pas tenter de l'écrire au passé ? C'est l'expérience que tentent Erik Conway et Naomi Oreskes, déjà auteurs des Marchands de doutes, dans L'effondrement de la civilisation occidentale publié ces jours-ci.




Récit d'une catastrophe qui aurait dû être évitée


Le postulat de départ est simple : notre époque n'est pas parvenue à prendre la mesure du danger que représente le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter.
Au milieu du XXIe siècle, les effets de ce dérèglement sont devenus massifs entrainant une panique mondiale et le recours à la géo-ingénierie. Malgré de premiers résultats encourageants, cette solution a dû être rapidement abandonnée à cause d'effets secondaires imprévisibles. Les températures ont rebondit, puis se sont emballées avec le dégel du permafrost, et la hausse a atteint 11°C. En 2073, les calottes polaires nord et sud se sont effondrées faisant monter le niveau de la mer de 7 mètres.
Ce "grand effondrement" a emporté avec lui la plupart des gouvernements : 1.5 milliards de personnes ont été contraintes de migrer vers l'intérieur des terre, les épidémies ont ravagé la population et le taux d'extinction a atteint 70%. Ce n'est qu'au tournant du XXIIe siècle, avec la dissémination de végétaux  absorbant rapidement le dioxyde de carbone et l'arrivée opportune d'un minimum solaire, que les survivants ont pu commencer à reconstruire.

Le pire s'est réalisé, donc, et le narrateur, un historien de la fin du XXIVe siècle, tente de comprendre comment.

5 mai 2014

"Nourrir la planète" ? Quelques réflexions à un an de l'exposition universelle de Milan

Logo de l'exposition universelle de Milan en 2015 "nourrir la panète"
Dans un an exactement, le 1er mai 2015, s'ouvrira l'exposition universelle de Milan. Son sujet ? "Nourrir la planète".

Je trouve le choix de ce sujet intéressant. Notre époque ne croit plus guère au progrès (en tant que mouvement général et irréversible de l'humanité vers un mieux) mais nous persévérons dans le culte de ses idoles : l'innovation et la technologie. Un sujet comme celui de l'expo de Dubaï en 2020 ("Connecter les esprits, Construire le futur") me semble beaucoup plus dans cet air du temps.
"Nourrir la planète", au contraire, sent bon le XVIIIe siècle, le terroir et les économistes en redingote.


Peut-on parler d'alimentation dans les mêmes termes qu'au XVIIIe siècle ?

Amis éditeurs, avez-vous pensé à faire paraitre au premier trimestre 2015 un recueil de textes choisis des physiocrates, de Malthus et des polémiques sur les Corn Laws ? Il y a là un profit facile : ces œuvres sont libres de droits depuis longtemps et je peux vous assurer que les débats que BFM-TV va passer en boucle dans un an n'iront pas au-delà de ces questions qui datent de deux siècles : La production agricole est-elle au fond la seule richesse que nous puissions créer ? L'augmentation de la population mondiale nous condamne-t-elle à la famine ? Doit-on protéger la production alimentaire nationale ?
Quand on connait les conditions dans lesquelles ces questions ont été posées (à l'époque de Malthus la ration alimentaire moyenne d'un anglais était inférieure à celle d'un homme du néolithique), il est presque incroyable qu'elles puissent sembler encore d'actualité aujourd'hui, alors que la moitié de l'humanité est menacée par la sur-nutrition et l'obésite.

Reste que le monde a connu encore en 2008 une crise alimentaire majeure et des émeutes de la faim. La pénurie et la famine sont bien des sujets d'actualité, peut-être même plus que nous le croyons. En ce début d'année 2014, les premier et second exportateurs mondiaux de riz (la Thaïlande et l’Égypte) sont en proies à des troubles politiques. Un exportateur important de blé, l'Ukraine, est au bord de la guerre civile et l'économie de la Russie (elle aussi grande exportatrice de céréales) vacille sous les sanctions occidentales.
Alors ? La production mondiale sera-t-elle suffisante pour satisfaire les besoins ?

27 avr. 2014

Népal : crise énergétique au pays de la houille blanche (article invité)

(Cet article est proposé par Local Energy Network, une ONG française spécialisée dans l'accès à l'énergie)

Avec les élections de novembre dernier, le Népal entre dans une nouvelle ère démocratique dont on espère qu’elle marquera la fin de près de deux décennies d’instabilité politique. La priorité est désormais au développement socio-économique de ce petit pays himalayen enclavé entre la Chine et l’Inde, ce qui implique d’abord de remédier au déficit d’infrastructures modernes.

Mais alors que de nouvelles promesses ont été formulées par le gouvernement, les népalais attendent toujours les solutions concrètes pour résorber la crise énergétique qui paralyse le pays.

Un potentiel hydraulique inexploité


Pour répondre à la demande tout en évitant une défaillance du réseau, des coupures de courants sont planifiées, allant parfois jusqu’à la moitié de la journée dans un quartier de la capitale. Si vous vous rendez bientôt à Katmandou, le planning est d’ailleurs consultable ici . Dans le Népal rural, c’est plus d’un quart de la population qui reste totalement dépourvue d’accès à l’électricité.

Si le Népal peine à fournir l’énergie nécessaire à son développement ce n’est pas faute de ressources: 14 des plus grands fleuves du monde prennent leurs sources sur le toit du monde, offrant un véritable gisement d’électricité hydraulique au Népal. Pourtant seul 3% de ce potentiel est aujourd’hui exploité : la capacité de production installée est d’à peine 1GW pour 30 millions d’habitants, soit 100 fois moins que la France.

5 mars 2014

Du projet Manhattan au changement climatique : une brève histoire du communication pro-nucléaire

Energie et developpement - Trinity, premier essai nucléaire de n'histoire dans le cadre du projet Manhattan
Parmi les nombreux préparatifs qui ont précédé la première explosion atomique de l'histoire, le 16 juillet 1945, figure une curieuse réunion à l'University Club de New York entre le général Leslie R. Groves, directeur du programme nucléaire américain, et un groupe de professionnels des relations publiques rassemblés autour de John W. Hill. L'objectif : créer la communication du projet Manhattan dont l'existence allait bientôt être révélée au public.
Nucléaire et lobbying ont ainsi cheminé ensemble depuis l'origine mais ces relations sont devenues encore plus intimes lorsque l'énergie nucléaire a quitté le secret militaire pour devenir une technologie civile. Cette histoire du lobbying est indissociable de l'histoire de la filière nucléaire civile.


Le nucléaire, c'est magique !


Au début des années 50, les États-Unis ne détiennent déjà plus le monopole de l'arme atomique : l'URSS a testé sa première bombe A en 1949. La doctrine concernant l'emploi de ces armes n'est pas fixée - en 1951, le général Mac Arthur a été relevé de son commandement en Corée pour avoir voulu employer l'arme atomique contre les troupes communistes - et on entrevoit que l'arsenal nucléaire pourrait emmener l'humanité à sa perte.

C'est pourtant dans ce contexte particulièrement défavorable que le nucléaire va amorcer sa mue. En 1953, devant l'Assemblée Générale des Nations Unies, le président Eisenhower prononce sont fameux discours "Atoms for peace", affirmant que "la plus grande des forces de destruction peut se changer en un grand bienfait pour l'humanité toute entière". Comment peut-on faire une telle affirmation en pleine guerre froide et plus de dix ans avant que le premier électron soit produit par une centrale nucléaire ? Il s'agit en fait d'un retournement classique dans les campagnes de communication, avec une résonance quasi-biblique : "ils forgeront de leurs glaives des socs de charrue, et de leurs lances des faux" (Isaïe 2,4).

13 févr. 2014

"Théorie du genre" : mon expérience d'humanitaire et de professionnel du développement durable

Bien qu'un peu exotique pour le grand public, la notion de genre est largement utilisée, et avec profit, dans de nombreux domaines dont les deux qui m'occupent : l'humanitaire et le développement durable. Je pense que nous y sommes nombreux a regarder avec incrédulité l'emballement autour de cette notion (enfin, plutôt autour du buzzword "genre").
Pour ma part, j'y vois surtout une marque d'ignorance. C'est pourquoi, j'aimerais prendre un peu de temps pour partager avec vous ma propre expérience du sujet.


Genre = égalité homme/femme ?


J'avoue n'avoir jamais entendu parler de genre (en dehors des accords des participes passés en CE2) avant de rejoindre le secteur humanitaire. Secteur dans lequel, cette notion est omniprésente : la plupart des bailleurs de fonds publics (type AFD, EuropeAid ou USAID) ont des politiques consacrées à ce sujet. Certains demandent même des études d'impacts "gender" (les suédois pour ne pas les citer), la plupart des ONG y font référence, Coordination Sud à une commission genre... Enfin bref, il n'y a guère plus qu'une poignée d'outils qui font réellement consensus dans la communauté humanitaire et le genre en fait partie. Quitte à être parfois un peu mis à toutes les sauces.
Bien qu'un peu moins répandu, le genre est aussi récurrent lorsqu'on parle de développement durable. L'ISO26000, par exemple, en fait plusieurs mentions. Dans sa version anglaise en tous cas : en français, "gender equality" a été traduit tout simplement par "égalité entre hommes et femmes".

10 févr. 2014

ONG humanitaires et associations de protection de l'environnement : vers une convergence ?

Energie et developpement - "typhoons start here" action de Greenpeace à Belchatow en Pologne
Il y a des coïncidences qui frappent l'esprit : le vendredi 8 novembre 2013, alors que les délégations du monde entier convergeaient vers Varsovie pour le 19e sommet international sur le climat,  les Philippines étaient frappées de plein fouet par le typhon Haiyan - la plus puissante tempête tropicale jamais enregistrée.

Dans la nuit du 8 au 9 novembre, pendant que les organisations humanitaires rappelaient leurs salariés partis en week-end et se préparaient à une des plus importantes interventions des dix dernières années, des militants de Greenpeace projetaient un slogan sur une cheminée de la centrale polonaise de Belchatow, la plus grande centrale à charbon d'Europe : "les typhons commencent ici".

 

Protection de la nature et action humanitaire : deux facettes d'un même combat


Les organisations humanitaires et les associations de protection de l'environnement se sont toujours retrouvées autour des catastrophes naturelles : les unes s'efforçant de prévenir leur apparition, les autres de secourir les victimes. Ce qui est radicalement nouveau c'est le rapprochement dans le temps de ces deux combats.

Lorsque l'on parle de changement climatique, d'épuisement des sols ou de raréfaction de l'eau, on pense encore trop souvent que ces problèmes seront ceux de nos petits-enfants. Ce n'est plus le cas, et les humanitaires peuvent en témoigner : les crises sur lesquelles ils interviennent sont pratiquement toutes à un degré ou à un autre des crises écologiques. C'est évidemment vrai des famines ou des sécheresses mais c'est aussi le cas de la plupart des conflits : le Programme des Nations Unies pour l'Environnement estime que près de la moitié d'entre eux sont causé par l'exploitation de ressources naturelles.