L'actualisation : un autre obstacle à l'évaluation monétaire de l'environnement

Préférez-vous recevoir 1000€ maintenant ou dans un an ?
Si vous êtes normalement constitué, vous avez répondu "maintenant" sans hésitation. C'est donc que ces 1000€ ont plus de valeur pour vous maintenant que dans un an.

L'actualisation est une méthode comptable pour prendre en compte cette préférence pour un gain immédiat. Comment ? Simplement en appliquant un taux à la somme considérée. Par exemple si le taux d'actualisation est de 5% par an (la valeur recommandée par la Commission européenne), cela signifie que 1000€ aujourd'hui ont la même valeur que 1050€ dans un an. Ou à l'inverse que 1000€ dans un an ont la même valeur que 952.4€ aujourd'hui.

J'en vois quelques uns au fond qui se demandent en quoi tout ça a un lien avec l'environnement, on y arrive...

Une norme comptable qui favorise le court-terme


Si vous actualisez une somme à 5% pour 50 ans, vous obtenez un rapport de 1 à 10 (par exemple payer 1000€ dans un demi-siècle est équivalent à payer 87.2€ aujourd'hui).
Par conséquent, d'un point de vue comptable, il n'est rentable de prévenir une catastrophe qui se produira dans 50 ans que si les dégâts que vous évitez sont au moins 10 fois supérieurs au coût de l'action.

Prenons par exemple le changement climatique, pour lequel le demi-siècle est une échelle de temps réaliste. On sait (c'est notamment la conclusion du rapport Stern) qu'agir maintenant couterait 4 à 10 fois moins cher que d'attendre. Mais ça, c'est en valeur absolue... En valeur actualisée un euro d'aujourd'hui vaut 10€ de 2050, il reste donc très avantageux d'attendre.
Comme par un coût de baguette magique, l'actualisation fait donc disparaitre  le surcoût de l'inaction, elle aurait même plutôt tendance à la récompenser.

Cet exemple n'est pas isolé, sous l'apparence d'une simple norme comptable, l'actualisation favorise les gains à court-terme alors que les projets environnementaux sont presque toujours des projets à très long terme. Elle est donc un puissant frein à l'action.


Quelles solutions ?


L'idée qui a été privilégiée jusqu'à présent pour limiter ce biais est d'imposer un taux d'actualisation variable. En 2005, le rapport Lebègue a, par exemple, proposé de fixer ce taux à 4% sur les 30 premières années puis de le faire décroître progressivement jusqu'à 2%.

En réalité, la comparaison de valeurs actualisées n'a de sens que "toutes choses égales par ailleurs" : le contexte économique (notamment le système de prix), les chances de réussite, les effets secondaires positifs ou négatifs doivent être identiques ou bien avoir été intégrés dans le coût des projets comparés. Pour reprendre le cas du rapport Stern, il est n'est pas raisonnablement possible de comparer sur une base uniquement comptable deux options qui différent à ce point dans leurs résultats (dans l'une des deux, le Bangladesh et ses 150 millions d'habitants sont quand même rayés de la carte).

La meilleure solution au fond serait de cesser de prendre sur des critères comptables des décisions qui sont fondamentalement politiques....

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