Le nucléaire est-il flexible, round 2 : une montée en puissance de 21GW en 30 minutes sur le parc français ?

En octobre dernier, j'ai écrit un article sur la flexibilité du nucléaire et sa compatibilité avec un part importante d'énergies renouvelables intermittentes, j'y déplorais le peu de travaux existants sur le sujet. Depuis, la manoeuvrabilité du parc nucléaire français est devenue un sujet stratégique dans le débat sur la nouvelle PPE mais rares sont les nouvelles informations qui sont venue éclairer la discussion.
Lassé d'attendre, je vous propose ma propre estimation basée sur la production réelle des réacteurs français depuis 2011.

(Le volume des données ne permet pas, comme je le fais d'habitude, de les mettre dans une feuille de calcul accessible librement mais je les tiens à disposition des lecteurs courageux)


Selon EDF, la production nucléaire peut être modulée de 21.000MW en 30 minutes


Avant de commencer, signalons quand même une nouveauté : EDF avance désormais un chiffre. Selon l'entreprise "le parc nucléaire français est capable de moduler sa puissance de 21 000 MW en moins de 30 minutes". Cette évaluation a été reprise récemment par Dominique Miniere, le directeur du parc nucléaire et thermique d'EDF, dans un article publié par Bloomberg.
Malheureusement, dans les deux cas, aucune source n'est donnée à l'appui de ce chiffre, ni la moindre explication sur son origine. J'ai interrogé l'entreprise à ce sujet mais je ne suis pas parvenu à obtenir des précisions.

Il y a pourtant une première limite évidente à cette évaluation : le parc nucléaire français a une puissance maximale de 63.5GW, pour monter en charge de 21GW, il faut donc que sa production soit au départ inférieure à 42.5GW. Ce qui n'est le cas que 8 heures par jour en moyenne.
Même en supposant qu'il soit techniquement capable de fournir une rampe de 21GW en 30 minutes, vous avez 2 chances sur 3 que cette capacité ne soit pas disponible au moment où vous en avez besoin. Ce chiffre n'est donc pas représentatif de la marge de manoeuvre disponible sur le parc nucléaire français.


Sur 54.000 heures, la rampe maximum est de 5.35GW


Pour essayer de parvenir à une évaluation plus satsifaisante, j'ai utilisé les données de RTE qui met à disposition l'historique heure par heure de la production de chaque centrale électrique en France depuis décembre 2011. A partir de cette source j'ai reconstitué la production horaire du parc nucléaire français sur un peu plus de 6 ans.

Résultat : on est loin de 21GW en 30 minutes. Au cours de ces 6 années, la variation horaire maximale de la production nucléaire française est de -8.7GW, le 27 octobre 2013 à 2h du matin.
Dans le sens de la hausse, la rampe maximum observée depuis 2011 est de +5.35GW en une heure, le 2 janvier 2012 à 7h.

Il est intéressant de noter qu'une augmentation aussi rapide de la production nucléaire n'a rien d'ordinaire. En 6 ans, la production n'a augmenté de plus de 5GW en une heure que 2 fois et sur près de 54.000 heures de fonctionnement seules 88 ont vu une augmentation de plus de 3GW de la production nucléaire.


La production nucléaire française peut augmenter de 21GW... mais en 15 heures


Prenant le problème dans l'autre sens, j'ai écrit un petit programme pour chercher des exemples de montée en charge de 21GW ou plus afin de voir combien de temps avait été nécessaire.
Je n'ai trouvé qu'un seul cas : le 2 janvier 2012, la production est passée de 38.961GW à 4 heures du matin à 60.157GW à 18h, soit une hausse légèrement supérieure à 21GW en 15 heures.

Et là encore il s'agit d'un phénomène exceptionnel : après la journée du 2 janvier 2012, c'est le 2 janvier 2014 qui a connu la montée en puissance la plus importante avec 13.57GW en 8 heures.
Au total, seuls 11 jours sur les plus de 2200 analysés ont connu une hausse de la production nucléaire supérieure à 10GW. Dans la grande majorité des cas, elles se produisent dans la nuit de dimanche à lundi ou le lendemain d'un jour férié.

Ce graphe compare les 21GW en 30 minutes annoncés par EDF au record du 2 janvier 2012 et aux 10 autres montées en charge de 10GW ou plus intervenues depuis décembre 2011 :
Selon EDF la production nucléaire peut être modulée de 21 000MW en 30 minutes

On voit bien l'écart entre la promesse d'EDF et la réalité. On constate aussi que le record du 2 janvier 2012 est une exception qui n'a jamais été approchée depuis.
Alors oui : évidemment, ce n'est pas parce que la production nucléaire n'a jamais varié plus vite dans le passé qu'elle ne peut pas le faire demain. De la même façon le fait que je n'ai jamais couru un 100 mètre en moins de 14 secondes ne prouve pas que je ne pourrais pas battre Usain Bolt si je le voulais. En tous cas je trouve cette pensée réconfortante.

Plus sérieusement, que peut-on dire ?
Sur les dernières années, le parc nucléaire français a démontré en quelques occasions une flexibilité significative : sa production électrique peut augmenter jusqu'à 5GW en une heure et la montée en puissance peut dépasser une dizaine de gigawatts en 3 à 6 heures. Il serait ainsi faux de dire, comme le font certains opposants à l'atome, que le parc nucléaire n'offre aucune manoeuvrabilité mais le chiffre de 21GW en 30 minutes avancé par EDF semble exagéré.


Pourquoi la manoeuvrabilité du parc nucléaire est importante ?


Dans le cadre du débat sur la nouvelle PPE, le gouvernement a retenu deux scénarios : Ampère qui implique une baisse de 16.3GW du parc nucléaire français d'ici à 2035 et Volt qui conduit à une baisse de 9.8GW.
Dans les deux cas, le déclin du nucléaire est compensé par une forte progression du solaire et de l'éolien : en 2035, la puissance installée atteindrait 48GW pour le solaire et 60GW pour l'éolien dans le scénario Ampère, 36 et 50GW dans le scénario Volt.

Or il s'agit d'énergies intermittentes dont la production peut baisser indépendamment de la consommation d'électricité. Il existe plusieurs moyens pour compenser cette variabilité mais la plus simple reste d'assurer l'équilibre entre l'offre et la demande en faisant appel à d'autres moyens de production. Évidemment cela n'est possible que si on dispose de centrales électriques suffisamment souples.

Au regard de son fonctionnement passé et présent, il n'est pas du tout évident que le parc nucléaire français puisse tenir ce rôle, surtout s'il est réduit.
S'il n'y parvient pas, nous risquons d'être obligés de construire des centrales électriques thermique en appoint, donc voir nos émissions de gaz à effet de serre augmenter, ou bien de nous reposer sur l'importation d'électricité dans les périodes tendues. La question mérite donc d'être posée avec un peu de sérieux.

Publié le 13 février 2018 par Thibault Laconde



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7 idées reçues sur le mix électrique chinois

Energie en chine
J'ai publié il y a quelques jours une note sur l'évolution du mix électrique chinois en 2017 (que vous pouvez consulter ici). Ce travail est basé sur des données de l'administration chinoise, principalement celles-ci de l'administration pour l'énergie (NEA) et celles-ci du bureau national de statistique (NBS), rendues publiques très récemment et qui n'avaient pas encore été traduites. Comme on pouvait l'espérer de données toutes fraiches et encore inédites, celles-ci révèlent quelques surprises.

Rappelez-vous ce que vous avez lu ou entendu sur l'énergie en Chine - la production d'électricité à partir de charbon, les investissements dans le nucléaire, le développement du solaire, etc. Puis lisez cet article et attendez-vous à être étonné.


Idée reçue n°1 : les énergies fossiles reculent en Chine

En apparence, c'est vrai : La part des énergies fossiles dans la production d'électricité chinoise est passée de 71.8% en 2016 à 70.9% en 2017. Presque un point de moins en un an, c'est un progrès plus qu'honorable...
Mais voilà : dans le même temps la consommation d'électricité a augmenté de 6.5%, les énergies fossiles ont donc une part légèrement plus petite d'un gâteau beaucoup plus grand... A l'arrivée, la production d'électricité à partir de gaz et surtout de charbon a progressé de plus de 220TWh en 2017. C'est-à-dire que la production fossile est celle qui a le plus augmenté, en fait elle a plus augmenté que celle de toutes les autres énergies réunies.
 Production d'électricité en Chine en 2017 par flière : fossiles, nucléaire, éolien, solaire et hydroélectricité

Au-delà de la production, la puissance installée a elle aussi augmenté (si vous n'êtes pas tout à fait au clair sur la différence entre les deux, je vous conseille cet article). Les investissements dans les énergies fossiles, par contre, ont reculé d'un tiers en 2017 mais un Renminbi investi dans la production d'électricité chinoise sur 4 va encore aux énergies fossiles.


Idée reçue n°2 : la Chine est dernière de la classe

En sens inverse, on qualifie parfois un peu vite la Chine de cancre en matière d'énergie. C'est vrai qu'elle est depuis 2007 la première émettrice de gaz à effet de serre de la planète mais cela tient évidemment beaucoup à l'immensité de sa population...
Avec à peu près trois-quart d'énergies fossiles dans son mix électrique, la Chine est en réalité en milieu de tableau. Au sein du G20, elle se classe 8e et fait mieux que l'Inde ou que des pays développés comme le Japon et l'Australie.

Évidemment les statistiques chinoises tentent d'embellir la situation en ne distinguant pas au sein des énergies fossiles le charbon, très polluant, et le gaz, qui l'est environ 3 fois moins : le problème de la Chine si on la compare à d'autres pays ce n'est pas la part des énergies fossiles, c'est la part du charbon au sein des énergies fossiles - environ 95%.
En prenant ce critère, la Chine se place effectivement parmi les 10 pays avec le mix électrique le plus sale mais elle reste nettement meilleure que l'Afrique du Sud ou la Pologne.


Idée reçue n°3 : la Chine investit à fond dans le nucléaire

Dans l'industrie nucléaire, la Chine est presque toujours présentée comme la terre promise. Et c'est vrai que le pays affiche des objectifs impressionnants : faire passer son parc nucléaire de 28 à 58GW entre 2016 et 2020 et avoir encore 30GW de plus en construction, voire atteindre 150GW en 2030 !

Imaginez donc ma surprise, lorsque j'ai découvert parmi les chiffres publiés par la NEA une baisse de 21.6% des investissements dans le nucléaire en 2017 ! L'année dernière, la Chine a consacré environ 5 milliards d'euros au développement de sa production d'électricité nucléaire. C'est encore beaucoup, certes, mais ce n'est pas du tout à l'échelle des objectifs annoncés...
J'ai cherché les données pour les années précédentes, et là re-surprise : 2017 n'est pas une exception. Les investissements dans le nucléaire baissent régulièrement depuis au moins 2012. En 6 ans, ans ils ont été divisés par 2 ! Les mises en chantier de réacteurs sont elles aussi orientées à la baisse : 3.5GW par an en moyenne entre 2012 et 2015, 2GW en 2016 et 0.6 en 2017.

Evolution des investissements chinois dans le nucléaire et des mises en chantier de réacteurs

Résultat : les objectifs nucléaires mirobolants de la Chine ne seront certainement pas atteints. Actuellement il y a un peu plus de 19GW en construction, pour tenir l'objectif de 58GW fixé par le 13e plan quinquennal il faudrait achever tout ces chantiers et encore 2 ou 3 réacteurs de plus. En moins de 3 ans, c'est pratiquement impossible. Avoir 30GW en construction en 2020 semble aussi très compliqué. Quant aux 150GW en 2030, sauf retournement spectaculaire, ils apparaissent comme un doux rêve.
En bref, si vos économies sont placées dans le devéloppement de l'industrie nucléaire sur le marché chinois (et par extension sur le développement de l'industrie nucléaire tout court), il est peut-être temps de réfléchir à vos choix...


Idée reçue n°4 : l'éolien et le solaire représentent un quart de l'électricité chinoise

Ici, il s'agit surtout d'une précision sémantique. Les chinois distinguent en général l'électricité venant de centrales thermiques (火电, le premier caractère signifie feu, le deuxième électricité) du reste. Mais cette électricité thermique ne comprend pas le nucléaire (核电) qui figure toujours à part, "fossile" est donc une traduction plus appropriée que "thermique".
Résultat : lorsqu'on discute du mix électrique chinois on se retrouve souvent à parler d'énergies fossiles d'une part et de "non-fossiles" d'autre part. Cette seconde appellation ne nous est pas très familière et elle a vite fait de devenir "énergies renouvelables" oubliant au passage le nucléaire. L'étape d'après est de confondre les renouvelables avec leurs représentants les plus médiatiques : l'éolien et le solaire.

En réalité, une fois retirés les 4% de nucléaire, les énergies renouvelables représentent de l'ordre d'un quart de la production électrique chinoise. Et le gros de cette production (18.6%) vient des barrages hydroélectriques pas des éoliennes ou des panneaux solaires.


Idée reçue n°5 : la révolution solaire est en marche !

S'il y a une information sur le secteur électrique chinois qui est parvenue à trouver son chemin jusqu'aux médias occidentaux en 2017, c'est bien celle-là : le solaire s'envole !

Incontestablement, le développement du solaire photovoltaïque chinois vaut qu'on s'y arrête. La Chine, qui pendant longtemps a complètement ignoré cette technologie au profit du solaire thermique domestique, est devenue en l'espace de 5 ans la championne mondiale incontestée. En 2017, le parc solaire chinois a dépassé 130GW. Deuxième pays le mieux doté, l'Allemagne n'affiche que 40GW et la France ne dépasse pas 7GW...
Mais c'est surtout le rythme auquel le parc solaire s'est développé qui est incroyable : 53GW de nouvelles capacités solaires photovoltaïque ont été raccordés en un an ! Cette explosion a pris de court aussi bien les planificateurs chinois (l'objectif fixé fin 2016 pour 2020 a été atteint en un an) que les analystes.

Mais cet exploit risque fort de rester sans lendemain. D'abord parce que malgré sa progression la production solaire photovoltaïque est encore loin d'entamer la domination des énergies fossiles : elle représente moins de 2% du mix électrique chinois.
Ensuite et surtout parce que le gouvernement chinois appuie très fort sur le frein : après un recul de 6 à 18% mi-2017, les tarifs de rachat pour l'électricité solaire vont encore être abaissés de 12 à 56% en 2018. Par ailleurs, le gouvernement central a décrété l'arrêt de la moitié des projets sur les deux tiers environ du territoire, dans certaines provinces c'est même la totalité des projets qui ont été stoppés.
Dans ces conditions, le rythme de croissance devrait ralentir, peut-être à quelques gigawatts par an, et il faudra des années avant que le solaire pèse réellement dans le mix électrique chinois.


Idée reçue n°6 : l'éolien et le solaire ont atteint leurs limites

En Chine comme ailleurs, l'intégration des énergies renouvelables intermittentes pose question. Au cours des dernières années, la Chine a souvent connu des cas d'effacement de production (ou curtailment), c'est-à-dire des situations où le gestionnaire du réseau coupe des sources d'énergie renouvelable parce qu'il ne parvient pas à écouler leur production ou parce qu'il préfère faire appel à des centrales plus flexibles. Ces épisodes ont parfois été interprété comme la preuve que le développement du solaire et de l'éolien en Chine était une impasse.
En réalité, avec moins de 7% du mix électrique, il n'y a aucune raison que l'intégration des renouvelables intermittentes soit ingérable en Chine. Après tout, la part des renouvelables (hors hydroélectricité) atteint sans vraie difficulté 25% en Nouvelle Zélande, en Irlande ou en Espagne...

Ce qui manquait surtout c'était les infrastructures pour écouler la nouvelle production renouvelable des régions du centre et de l'ouest où elle est souvent localisée vers les régions industrielles de la côte est.
Les investissements dans ce domaine se sont accélérés en 2017 : plus de 11.000km de lignes à très haute tension ont été construit.... Et le problème semble en voie de résolution : le taux d'effacement a baissé de 5.2 points pour l'éolien et de 4.3 points pour le solaire alors que la production a fortement progressé. Il reste des engorgements dans des provinces rurales où les renouvelables se sont développés très vite mais ils sont localisés.


Idée reçue n°7 : les chinois consomment trop d'électricité

Pour que la progression du nucléaire et des renouvelables en 2017 permette de réduire la production d'électricité fossile, il aurait fallu que la consommation chinoise augmente de moins de 2.3%. Or la croissance de la consommation a été presque 3 fois plus rapide !
Il est clair que tant que la demande continuera à croître aussi vite, il sera très difficile de réduire la production électrique fossile.

Alors, le problème c'est que les chinois gaspillent l'électricité ? C'est aller un peu vite : avec 6400TWh en 2017, la consommation d'électricité chinoise se situe à la louche au double de l'Union Européenne qui est deux fois moins peuplée et elle est supérieure de moitié à celle des Etats-Unis qui ont une population 4 fois moins importante. Mais surtout, la part de la consommation domestique est faible : moins de 14% du total. C'est l'industrie qui absorbe 70% de l'électricité produite en Chine. Les ménages chinois n'y sont donc pas pour grand chose...

Publié le 7 février 2018 par Thibault Laconde



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[Infographie] Fin de l'exploitation d'hydrocarbures en France : on en reparle en 2040 ?

Vous avez fait quoi ce week-end ? Un peu de bricolage ? Une petite ballade en forêt ? Ou simplement la grasse matinée ? Hé bien, pendant que vous vous prélassiez, le gouvernement, lui, travaillait dur pour le soutenir la production pétrolière française !

Infographie : concession et permis d'exploration de pétrole et de gaz renouvellés, étendus ou prolongés en France

Le Journal Officiel daté du dimanche 2 février ferait presque passer la France pour un pays pétrolier : on y trouve 3 décrets accordant de nouvelles concessions pour l'exploitation de pétrole et de gaz - ce qui porte à 65 le nombre total de concessions en France.
Par ailleurs, 2 autres décrets prolongent des concessions existantes et une dernière est étendue. Et il y a aussi la prolongation de 3 permis pour la recherche d'hydrocarbures (qui s'ajoute à celle de 6 autres fin décembre) ainsi qu'une réforme du droit minier en outre-mer visant à faciliter les activités pétrolières en Guyane.

Vous trouvez que ça fait beaucoup pour un pays qui a adopté il y a un mois une loi prévoyant l'arret en 2040 de la production de pétrole et de gaz en France ? En fait, lors du vote de cette loi, Nicolas Hulot avait insisté : elle ne signifie pas que le gouvernement n'autorisera plus d'activités pétrolières en France et encore moins que les permis existants seront révoqués.
On se souvient que l'annulation des permis pour la recherche de gaz et pétrole de schiste après la loi de 2011 bannissant la fracturation hydraulique a été contesté en justice, lançant un feuilleton judiciaire qui se poursuit encore. Laisser les concessions existantes courir jusqu'à leur terme est donc, a priori, de bonne politique. Les prolonger ou en accorder de nouvelles est plus surprenant...

En fait, cet épisode me semble révélateur d'un  phénomène beaucoup plus large : à l'image de l'Accord de Paris qui vise zéro émission nette dans la seconde moitié du siècle, un peu partout dans le monde, les politiques énergétiques et climatiques commencent à se donner des objectifs à long-terme très ambitieux, mais dans le même temps on constate un relâchement à court-terme. Comme si l'engagement de devenir propre vers 2050 rendait moins nécessaires les efforts aujourd'hui.
La France en donne un parfait exemple : héraut de l'Accord de Paris mais laissant ses émissions croître, premier pays à fixer dans la loi la fin des énergies fossiles mais accélérant la recherche et l'exploitation d'hydrocarbures sur son territoire... Nous sommes le poivrot qui décide d'arrêter demain et s'offre un verre pour fêter ça !

Et il n'y a pas que nous : l'Allemagne va certainement rater ses objectifs d'émissions pour 2020, la Grande Bretagne devrait louper les siens en 2025, la Belgique ne fait pas mieux, les émissions du Japon s'envolent, on pourrait continuer... Il est peut-être temps de sortir de l'autosatisfaction et de réaliser que le vrai danger pour l'action climatique, ce ne sont pas les délires climatosceptiques d'un Trump mais notre propre laisser-aller.

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Pour ceux que ça intéressent, voici le détail des concessions et des permis de recherche modifiés le 2 février 2018 :

Trois nouvelles concessions :
  • Concession d'Amaltheus : Concession de 37km² dans la Marne et accordée à IPC France, le deuxième producteur de pétrole en France filiale du groupe suédois Lundin, jusqu’au 1er janvier 2040. 
  • Concession d'Avon-la-Pèze : Concession de 56km² située dans l’Aube et accordée pour 15 ans à Société pétrolière de production et d'exploitation (SPPE), une PME.
  • Concession de la Conquillie : Concession de 36km² située en Seine-et-Marne et accordée pour 15 ans à Vermilion, un groupe canadien et le premier producteur de pétrole en France avec environ 11.000 barils par jour.
Deux concessions prolongées :
  • Concession de Saint-Germain-Laxis : Concession de 20km² située en Seine-et-Marne et prolongée jusqu’au 28 septembre 2031.
  • Concession d’Eschau : Concession de 5km² située dans le Bas-Rhin et prolongée jusqu’au 10 octobre 2031.
Une concession étendue :
  • Concession de de Champotran : Cette concession située en Seine-et-Marne et accordée jusqu’au 14 août 2038, est étendue de 123km².
Trois "permis exclusif de recherches de mines d'hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux" sont prolongés :
  • Permis d’Aquila : Ce permis, accordé à Vermilion pour une zone de 283km² située sur la côte de la Gironde, est prolongé jusqu’au 21 juillet 2020. Une demande de prolongation pour ce permis avait été rejetée en mars 2017.
  • Permis de Forcelles : Ce permis d’exploration sur une zone de 20km² située en Meurthe-et-Moselle est prolongé jusqu’au 7 septembre 2021.
  • Permis de La Folie de Paris : Portant sur une zone située à l'intersection de l’Aube, de la Marne et de la Seine-et-Marne, ce permis est prolongé jusqu’au 7 août 2021 mais sur une surface réduite à 199km².
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Publié le 5 février 2017 par Thibault Laconde



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Entretien avec Christophe Neugnot : "Orano ressemble à la Cogema mais le monde a changé"

J'ai eu hier matin une longue discussion avec Christophe Neugnot, qui est directeur de la communication d'Orano après avoir été celui d'Areva. L'échange a porté sur la nouvelle entreprise mais aussi plus largement sur la restructuration de l'industrie nucléaire française et sur l'avenir du nucléaire, il me semble suffisamment intéressant pour le publier in-extenso.

Comme c'est un peu long, vous pouvez utiliser ces liens pour passer directement à la partie qui vous intéresse :

Alors, on est dans la tour Areva ou ou dans la tour Orano ?


Orano reprend les activités cycle nucléaire d'ArevaCe qui est important, c'est de comprendre que le groupe Areva a cessé formellement d'exister il y a 6 mois quand la partie cycle du combustible, ce qui est aujourd'hui Orano, a quitté son giron.
Avec Areva, on avait un groupe qui avait toutes les composantes du nucléaire sauf l'exploitation des centrales, de l'exploitation minière jusqu'à la construction et la maintenance des réacteurs et au démantèlement.
Le gouvernement a décidé en juin 2015 de restructurer la filière et ce groupe a été scindé en 3 parties : la partie réacteur, c'est-à-dire fabrication, maintenance et services associés, est désormais une entité qui s'appelle Framatome et qui a rejoint EDF. La deuxième partie, c'est Areva SA - la marque Areva continue à exister : Areva SA est en charge de terminer le projet de réacteur OL3 en Finlande. La troisième entité, c'est Orano. C'est-à-dire toute la partie cycle du combustible.

Est-ce qu'on peut dire qu'Areva SA est devenue une structure de défaisance ?


Non, on ne peut pas dire ça. Areva SA compte 800 ingénieurs et a un budget de plusieurs milliards d'euros : elle doit terminer un projet et elle a les moyens humains et financiers pour le terminer.

Comment s'est passé ce démantèlement d'Areva ?


Ça a commencé il y a plus de deux ans, en 2015. Le gouvernement et le président de la République de l'époque ont pris la décision de restructurer la filière et de rapprocher les réacteurs de l'exploitant français, EDF. A partir de là, il a fallu mettre en oeuvre cette décision, ça a été un long processus parce qu'il a fallu organiser la scission des différences entités, ce qui a duré de juin 2015 jusqu'à juillet 2016. En juillet 2016, les différentes entités ont leur propre management mais sont toujours dans le même groupe. A coté de ce volet organisationnel interne, il y a la décision de recapitaliser la filière, avec deux recapitalisations : une qui concerne Orano à hauteur de 2.5 milliards d'euros pour l'Etat auquel s'ajoute l'entrée au capital de partenaires japonais à hauteur de 500 millions d'euros, une pour Areva SA de 2 milliards d'euros pour pouvoir terminer le projet de réacteur en Finlande.
La première année, on prépare donc l'ensemble de la réorganisation : on acte en juillet 2016 la séparation des entités même si on est encore dans le même groupe et parallèlement, comme vous avez recapitalisation, vous devez avoir l'autorisation des autorités européennes qui a été donnée début 2017. A partir de juillet 2017, les recapitalisations sont effectives et les entités se séparent. Et ça se termine avec la cession formelle de Framatome à EDF qui a eu lieu fin 2017.

Aujourd'hui le groupe Areva n'existe plus.

Un autre article sur ce sujet : De Framatome à Areva et vice-versa : histoire et déboires de l'industrie nucléaire française


Que sont devenues les activités propulsion nucléaire et renouvelables ?


L'activité propulsion nucléaire, désormais TechnicAtome, a été cédée. Et on a cédé également l'activité énergies renouvelables. Ça fait partie des obligations que nous avions vis-à-vis des autorités européennes de la concurrence : à partir du moment où vous avez une recapitalisation, l'entreprise concernée doit faire un certain nombre d'efforts qui se traduisent par des cessions et également un plan de départ volontaire et des économies.

Et donc Orano...


Christophe Neugnot, directeur de la communication d'Areva puis Orano (© François Maréchal)Ces décisions se traduisent pour nous par le recentrage sur l'activité cycle du combustible avec des métiers très divers qui vont de la mine au démantèlement.
Orano a 6 activités. Deux en amont : production d'uranium avec les activités, d'une part, et conversion et enrichissement, c'est-à-dire toute la transformation de l'uranium, d'autre part. Cependant on ne fabrique pas le combustible, c'est Framatome qui s'en occupe.
En aval : on récupère le combustible après le réacteur et on le recycle afin de produire  à nouveau du combustible et de réduire le volume de déchets.
S'ajoute à ça trois activités transverses :
  • la logistique et les transports, on est le n°1 mondial du transport de matière nucléaire avec 4000 transports par an et on fournit également des emballages d'entreposage. 
  • l'ingénierie, la conception des usines et des équipements, c'est notamment le projet qu'on a avec la Chine, 
  • enfin le démantèlement où nous nous spécialisons dans les parties les plus sensibles, celles où il y a eu le combustible, et les services.
Voilà pour le cycle nucléaire, la valorisation des matières et la gestions des déchets. A coté de cela, on a une activité qui est lancée mais encore en devenir : travailler dans le domaine médical et fournir des radioéléments aux chercheurs pour le traitement de cancers.

Le groupe Orano représente 4 milliards d'euro de chiffre d'affaire, 16.000 personnes dans le monde, 12.000 en France. Beaucoup d'usines en France mais très orienté vers l'international : le chiffre d'affaire est à 60% à l'international.
Et dans chacune de nos activités nous avons de très bonnes positions : nous sommes dans les trois premiers mondiaux pour les mines, pareil pour la conversion et l'enrichissement, nous sommes premiers sur le recyclage et la logistique. Pour le démantèlement, nous sommes l'un des leaders mondiaux dans notre domaine.
Notre ambition est d’être l’acteur de référence pour la production et le recyclage des matières nucléaires, la gestion des déchets et le démantèlement.

Quel est la structure de votre actionnariat ?


L'actionnariat va être simple : 90% pour l'Etat directement ou indirectement et 10% pour deux groupes japonais travaillant dans le nucléaire - 5% pour MHI et 5% pour JNFL.
Je dis "va" parce que l'entrée formelle au capital des actionnaires japonais aura lieu dans les semaines à venir. Sachant qu'à terme rien n'empêche que l'actionnariat évolue.

Finalement, ça ressemble beaucoup à la Cogema. On voit que Areva NP est redevenu Framatome, Areva TA est redevenu TechnicAtome, qu'est-ce qui vous pousse vous à vouloir changer d'identité ?


Vous avez raison : le périmètre d'Orano est proche de celui de la Cogema. Mais nous ne sommes plus du tout dans le même monde.
En interne, à peu près tout a changé par rapport à ce qu'était Cogema. Par exemple, nous avons de nouvelles mines : Cogema n'avait pas les mêmes mines au Canada et pas de mines au Kazakstan. Nous avons aussi deux nouvelles usines pour la conversion - c'est-à-dire les procédés chimiques permettant de transformer du minerai d'uranium en hexafluorure d'uranium, et pour l'enrichissement. Ce sont les plus modernes au monde : nous avons fait cet investissement alors que nos concurrents ne l'ont pas fait. Avec ces nouvelles usines nous enrichissons suffisamment d'uranium pour produire de l'électricité bas-carbone pour 90 millions de foyers, soit l'équivalent de tous les foyers allemands, français et anglais. L'usine de recyclage de Melox, qui fabrique du combustible MOX à partir de plutonium recyclé et d'uranium appauvri, se lançait juste quand nous étions Cogema, sa montée en puissance a eu lieu dans la phase Areva. Concernant l'ingénierie, nous ne travaillions pas sur les mêmes projets, la logistique existait mais elle était moins développée sur la partie emballage et entreposage et nous n'avions pas cette activité en développement qu'est la partie médicale.
En externe, le contexte a complètement changé, ce n'est plus le même monde : les renouvelables ont pris leur place, nous n'avions pas le même type de contrat, nous étions dans un monde beaucoup moins concurrentiel et beaucoup plus occidental, aujourd'hui nous avons des concurrents chinois ou japonais.

Tout cela fait que nous ne sommes plus le groupe Areva mais nous ne sommes plus non plus la Cogema, le contexte a trop changé. Nous avons un nouveau projet d'entreprise, un nouveau plan d'action stratégique, une nouvelle organisation du groupe... qui devaient s'incarner dans une nouvelle image.

En dehors de l'internationalisation et de l'arrivée de nouveaux concurrents, est-ce qu'il y a d'autres choses qui ont changé depuis les années 90 ?


Il y a un changement énorme : c'est la problématique du réchauffement climatique. Pendant des décennies, le marché de l'énergie était dominé par les énergies fossiles, il le reste à 80% mais la problématique climat devient l'enjeu n°1.
La voiture électrique jusqu'à présent était un voeu pieux. Aujourd'hui, je pense qu'elle va vraiment se lancer tout simplement parce que nous n'avons pas le choix. J'ai été interpellé par une étude récente qui montre que la première préoccupation des jeunes chinois urbains est la qualité de l'air. Le sujet environnemental, avec d'un coté le dérèglement climatique et de l'autre côté la qualité de l'air, bouleverse tout.

Un autre article sur ce sujet : Du projet Manhattan au changement climatique : une brève histoire de la communication pro-nucléaire


Le deuxième bouleversement, c'est la montée en puissance des renouvelables. Chacun peut avoir son avis sur le sujet mais le fait est que les renouvelables vont monter en puissance. Areva a eu des activités renouvelables - éolien off-shore, solaire à concentration, etc. - nous n'allons pas tomber dans le déni en disant : "ça ne fait plus partie de nos activités, ça ne sert à rien". Nous avons été, du fait de ce qu'était Areva, de fervent militants du mix nucléaire-renouvelables. Même si nos activités sont recentrées sur le nucléaire, on reste chez Orano des militants du mix énergétique nucléaire-renouvelables. Mais sans tomber dans l'admiration béate : le 100% renouvelable, on n'y croit pas du tout avec les technologies actuelles. Les choix énergétiques sont des choix de long-terme et on ne peut pas prendre une décision pour les décennies à venir sur la base d'une rupture technologique potentielle.

Troisième point : c'est l'augmentation des besoins en électricité. Ce qui est clair, c'est que dans le monde ils vont croître : plus d'urbanisation, de nouveaux besoins - digital, voiture électrique, une population qui va encore augmenter...
Les projections pour la France prévoit une demande stable. Nous, ça nous questionne. Si le parc de voiture électrique se développe réellement, comment va-t-on s'organiser si tout le monde recharge à 19h le soir ? Il faut un sacré parc de production...

Mais ce ne sera pas un parc nucléaire, parce que les centrales nucléaires ne vont pas faire un pic à 19h pour charger des voitures... Dans cette perspective d'un mix EnR-nucléaire, on se retrouve avec deux moyens de productions qui sont assez peu modulables.


Ça ne peut pas être que nucléaire. Mais un système qui ne serait que renouvelables, par exemple éolien-solaire, ne marche pas non plus. Il faut les deux.

Un autre article sur ce sujet : Le nucléaire est-il assez flexible pour travailler avec les renouvelables ?


A ce sujet, lorsqu'on discute d'énergie en France on tombe parfois sur des gens qui semblent penser qu'il y a un modèle français repliquable ailleurs : "nous sommes passés de 25 à 75% de nucléaire en l'espace de 10 ans, on pourrait résoudre ces questions environnementales si tout le monde faisait comme nous." J'aimerais avoir votre regard de spécialiste du cycle nucléaire là-dessus : est-ce qu'une augmentation de la production nucléaire à l'échelle mondiale par exemple jusqu'à 20, 25% ou au-delà serait envisageable, ou est-ce qu'il existe des limites, des goulots d'étranglement dans vos activités ?


Sur l'évolution du parc nucléaire mondial, je pense que plus le sujet du dérèglement climatique va monter en puissance, plus les pays vont se tourner vers le nucléaire parce qu'ils vont avoir besoin d'une sécurité d'approvisionnement. Un pays qui est en train de se développer a besoin de certitudes sur sa fourniture d'électricité.
Mais il faut quand même être réaliste, on peut difficilement imaginer que tous les pays adoptent un mix français à 75% de nucléaire ou même à 50%.

Si vous êtes dans une augmentation qui est mesurée parce que vous avez un équilibre entre renouvelable et nucléaire, il n'y a pas fondamentalement de problème d'alimentation. Pour prendre l'exemple de l'uranium, vous avez peu ou prou besoin de 60.000T d'uranium pour fournir le parc nucléaire mondial. Actuellement la production a un peu baissé parce que le marché a baissé mais vous avez de nouvelles mines qui peuvent être lancées : tous les mineurs ont des projets. Nous les premiers : on a la mine d'Imouraren au Niger que nous avons mise sous cocon qui a de l'ordre de 150.000T de réserves, on a un projet en Mongolie en phase pilote avec 60.000T de réserve... Donc en fourniture d'uranium, vous n'avez pas de problématique.
Pareil pour la conversion et l'enrichissement, on peut répondre en restant dans des scénarios raisonnables.

Est-ce que vous pourriez mettre un ordre de grandeur sur ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas ?


Nous sommes sur des scénarios de l'AIEA qui précisent que si on veut lutter efficacement contre le déréglement climatique, la part de l’énergie nucléaire au niveau mondial devra passer de 11,5% actuellement à 17% en 2050. Sur cette trajectoire il n'y a pas de problème. Maintenant si tout le monde découvre les bienfaits du nucléaire ou si le renouvelable butte et qu'on n'a pas d'autres choix que de développer le nucléaire, on peut passer à d'autres générations de réacteurs où la question des ressources ne se pose plus.

Mais là vous trichez : vous avez dit tout-à-l'heure qu'on ne peut pas faire des choix énergétiques sur la base d'une rupture technologique à venir.


Oui et non : les réacteurs à neutrons rapides certes ne sont pas industrialisés mais la technologie existe.
Mais honnêtement je ne peux pas vous dire que le nucléaire va passer de 10 à 40%... Là il faudrait probablement un changement complet. Pour être sincère, oui : il faudrait qu'on ait des ruptures technologiques.

Je voudrais passer à un autre sujet : vous vous positionnez comme acteur du démantèlement. Comment voyez-vous les discussions en cours autour de la PPE notamment et qui nous amènent vers un scénario de fermeture assez rapide d'une dizaine de réacteurs nucléaires en France ? Est-ce que vous seriez capables de répondre à cette demande ?


Le démantèlement et la gestion des déchets ne sont pas des problèmes techniques. Il faut arrêter de faire croire qu'il n'y a pas de solution, c'est faux.
Le démantèlement, ça prend du temps, ça coûte de l'argent - d'ailleurs ça fait l'objet de provisions de 7 milliards d'euros pour Orano, mais on sait faire. Le CEA a déjà démantelé des sites complets. Nous avons déjà démantelé des parties de nos installation du cycle qui sont au moins aussi compliquées que des réacteurs. Et les réacteurs nucléaires, on saura les démanteler. Il faudra peut-être plusieurs dizaines d'années mais il n'y a pas d'ambiguïté : on sait faire.

Un autre article sur ce sujet : Barbara Romagnan : "Nous avons surestimé notre capacité à démanteler rapidement le parc nucléaire"


Et vous êtes confiant sur les problèmes financiers et de gouvernance qui peuvent se poser ?


Oui, car les dépenses pour le démantèlement sont provisionnées et sont inclusent dans le prix de l’électricité.

Il y a des contestation sur l'évaluation du montant.


C'est normal. Et on sait qu'il faut être performant dans le démantèlement pour que l'enveloppe soit respectée. Mais je vais vous donner un exemple : le coût du stockage des déchets nucléaires à Bure est de l'ordre de 25 milliards d'euros, le coût pour la France des importations de combustibles fossiles est de l'ordre de 60 milliards. Ça veut dire que la gestion des déchets les plus radioactifs sur l'ensemble de leur durée de vie ne représente que la moitié de ce que la France dépense en une année pour importer des énergies fossiles.

C'est un faux procès qui est fait à la gestion des déchets. J'ai travaillé 5 ans à la Hague. Les déchets les plus radioactifs, on les vitrifie et on les met dans un conteneur, est-ce que ces déchets mettent en danger la vie des gens qui travaillent sur le site ou posent problème pour l'environnement ? Non.
Après, il faudra les stocker. Est-ce qu'il y a des problématiques d'acceptation ? Oui. Est-ce qu'il y a des problèmes politiques ? Oui. Mais n'allons pas dire qu'il y a un problème technique. Vous demandez aux ingénieurs du nucléaire, est-ce que nous savons gérer les déchets radioactifs ? La réponse est oui. Où les mettre ? Ça, c'est effectivement un sujet.

Justement, quel est le rôle d'Orano sur le projet Cigeo de Bure ?


Nous ne sommes pas en charge du projet mais nous situons en amont. Nous nous préparons les produits qui seront stockés mais nous n'intervenons en aucun cas sur le centre de stockage lui-même. Même si naturellement les deux sujets sont liés : la géométrie de nos colis fait que l'ANDRA va faire des galeries qui sont adaptées. C'est pour celà que la sûreté d'un centre de stockage dépend à la fois du colis et du centre.

Est-ce que vous pouvez me donner des détails sur le contrat annoncé récemment avec la Chine ?


Pour être précis, c'est un protocole d'accord commercial qui fixe l'objectif de mettre en oeuvre le contrat - qui n'a pas encore été formellement signé - dès cette année.
De quoi s'agit-il ? Quand vous êtes un pays et que vous avez une flotte de réacteurs nucléaires ou que vous êtes en train de la développer, ce qui est le cas de la Chine qui a actuellement 20 réacteurs en construction, vous vous posez forcément la question de l'aval, c'est-à-dire de la gestion des déchets.
Les chinois se posent dès à présent la questions et ils ont décidé qu'ils s'orienteraient vers le cycle fermé, donc le recyclage. A partir de là ils ont besoin d'usines, ils se sont tournés vers nous parce que nous avons les seules usines au monde - la Hague, Melox - qui fonctionnent à l'échelle industrielle. Ils sont intéressés par notre technologie et ce sont les discussions qu'on a avec eux : fournir la technologie, les accompagner dans sa mise en place, les accompagner pour la construction - mais ce n'est pas nous qui allons construire l'usine, ça ils savent très bien faire. L'usine traitera 800T de combustible. Pour vous donner un ordre d'idée, soit la capacité pour 25-30 réacteurs.
Nous avons déjà fait la même chose au Japon mais sans la vitrification qui est la partie la plus complexe techniquement.


Publié le 25 janvier 2017 par Thibault Laconde


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De Framatome à Areva et vice-versa : histoire et déboires de l'industrie nucléaire française

C'est l'heure des grandes manoeuvres dans l'industrie nucléaire française : EDF a pris le controle début janvier de l'activité réacteur d'Areva, qui ne devrait pas y survivre très longtemps. L'enjeu est considérable : c'est la capacité de la France à construire de nouveaux réacteurs - sur son territoire ou ailleurs - qui se joue en même temps que l'avenir de grandes entreprises indispensables pour assurer la continuité de nos installations nucléaires existantes.
Au milieu de ce mécano, il est encore difficile de dire où on va, alors pourquoi ne pas se demander d'abord d'où on vient ?


Les débuts de l'industrie nucléaire française : le CEA et EDF


L'histoire commence dans les jours qui suivent les bombardements atomiques et la capitulation du Japon : le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) est crée par une ordonnance du 18 octobre 1945 et placé sous la direction de Frédéric Joliot-Curie. Son rôle est très large : il s'étend aussi bien aux applications militaires et industrielles que médicales et comprend, outre la recherche, la réalisation de centrales électriques, la prospection et l'extraction d'uranium et "toutes les mesures utiles pour mettre la France en état de bénéficier du développement de cette branche de la science".
En 1955, 10 ans après sa création, le CEA met en service à Marcoule un premier réacteurs graphite-gaz (UNGG) à vocation mi-militaire mi-commerciale. C'est le vrai début de l'industrie nucléaire civile en France : EDF, autre création de la libération, est chargé d'exploiter cette technologie et lance en 1957 la construction du réacteur A1 de Chinon. Huit autres du même type suivront.

Les premiers réacteurs nucléaire commerciaux français sont des UNGG développés par le CEA et exploité par EDF
Coupe d'un réacteur de type UNGG
Au terme de ce premier programme, la France posséde environ 2GW de puissance nucléaire, ce qui représente moins de 10% de sa consommation d'électricité.


Framatome : le petit poucet privé devenu fleuron public


A peu près au même moment, un troisième larron fait son apparition : il s'agit de la Franco-Américaine de Constructions Atomiques, abrégé Framatome. Framatome est une entreprise privée, réunissant Creusot-Loire (appartenant au groupe Schneider) et l'américain Westinghouse pour exploiter la technologie développée par ce dernier : le réacteur à eau présurrisée.
Les débuts sont timides : en 10 ans, un seul REP est construit - à Chooz sur la frontière franco-belge. Mais avec le départ du général de Gaulle tout s'accélère : Georges Pompidou lui succède et prend résolument le parti du réacteur à eau pressurisée de Framatome contre l'UNGG du CEA.
Symbole de ce revirement : Fessenheim. En 1968, de Gaulle y autorise la construction de 2 UNGG, dès 1969 le projet est abandonné au profit du REP.
Dans les années 70, Framatome passe de petit poucet à fleuron de l'industrie nucléaire française
Lorsque le premier choc pétrolier pousse la France vers un développement accéléré du nucléaire, la Franco-américaine est la grande gagnante : EDF coordonne les chantiers et exploite les centrales mais c'est Framatome qui fournit les 58 réacteurs qui sont aujourd'hui en service en France. Entre 1970 et 1985, l'effectif de l'entreprise passe de 100 à 7600 salariés et son chiffre d'affaire est multiplié par 3000.

En contrepartie, l'Etat, représenté par le CEA, fait son entrée au capital de l'entreprise en 1975. Framatome va alors progressivement devenir publique : Westinghouse se retire en 1981 laissant à Framatome le droit d'utiliser et d'exporter ses brevets, en 1984 le Creusot-Loire, placé en liquidation judiciaire, quitte à son tour le navire... Après quelques oscillations liées aux alternances droite-gauche des années 80, l'Etat se retrouve actionnaire à 51% de Framatome, via EDF et le CEA. De nouvelles tentatives de privatisation échouent en 1994 et 1996.


Une abbaye en Espagne : Areva


Dans les années 90, Framatome se rapproche de l'allemand Siemens pour développer l'EPR, un réacteur nucléaire 3e génération toujours basé sur les brevets de Westinghouse. Le flirt devient sérieux et en 1999 le mariage est décidé : Framatome ANP (pour Advanced Nuclear Power) est crée, la nouvelle entreprise appartient pour deux tiers à Framatome et pour un tiers à Siemens.
En 2001, Framatome ANP, la Cogema, qui depuis 1976 a repris les activités de production et de traitement du combustible nucléaire du CEA, et Technicatom, autre émanation du CEA spécialisée dans les réacteurs nucléaires de propulsion navale, sont réunis au sein d'un groupe unique. Il prendra quelques mois plus tard le nom d'Areva. En 2006, la nouvelle entreprise décide d'harmoniser les noms de ses filiales et c'est ainsi que Framatome ANP laisse la place à Areva NP (pour Nuclear Power).

Ce nom vient de la ville d'Arévalo dans l'ouest de la Castille et plus particulièrement de son abbaye cistercienne, dont l'architecture tout en symétrie est supposée évoquer la rigueur de l'industrie nucléaire française... mais, en fait d'abbaye, c'est un chateau en Espagne que l'on est en train de construire.

En 2005, la construction du premier EPR démarre à Olkiluoto (Finlande) pour une livraison "clé en main" mi-2009. Le chantier tourne au désastre : de retards en retards, la mise en service est désormais espérée en mai 2019, 10 ans après la date initialement prévue, et le coût du projet a été multiplié par 3 ! Areva et son client se renvoient la responsabilité de ce naufrage et se réclament l'un l'autre des milliards d'euros de dédommagements. Un arbitrage est en cours, le verdict est attendu cette année.

Le projet d'EPR d'Olkiluoto avec 10 ans de retard et un budget multiplié par 3 met à genou Areva
Le chantier de l'EPR d'Olkiluoto (Finlande) en 2009
Les autres projets d'EPR sont à peine moins catastrophiques : A Flamanville, la construction lancée en 2007 devait être terminée en 2012, ce sera fin 2018 au mieux. A Taishan (Chine), la construction de 2 EPR a commencé en 2009 pour une entrée en service en 2016, elle est désormais prévue cette année ou la prochaine...
Il faut ajouter le rachat de l'entreprise canadienne UraMin en 2007 - destinée à assurer les approvisionnements en uranium d'Areva si la "renaissance du nucléaire" annoncée depuis 2000 finissait par se montrer, l'opération s'avère rétrospectivement au mieux un desastre, au pire une arnaque. Ou encore la tentative ratée de diversification vers les énergies renouvelables...

De son coté, l'Etat, principal actionnaire d'Areva, n'a pas brillé par sa vigilance et la clairvoyance de sa stratégie industrielle. Approuvant des projets très risqués mais bloquant l'augmentation du capital, il ne permet pas à Areva de se donner les moyens de ses ambitions et finit par dégoûter Siemens, qui, fatigué qu'on lui refuse l'entrée au capital de la maison-mère, se retire d'Areva NP en 2009.

Et en 2011, la catastrophe de Fukushima obscurcit un peu plus les perspectives de l'industrie nucléaire française et mondiale... Depuis 10 ans, le cours  d'Areva a été divisé par 20.


Back to the 80s ?


Mauvaise gestion, folie des grandeurs, échecs industriels, contexte défavorable... en 2013 Areva perd 490 millions d'euros, l'année suivante c'est 10 fois plus : 4.8 milliards d'euros. Puis encore 2 milliards en 2015 et 670 millions en 2016. L'hémorragie finit par avoir raison de l'entreprise et début 2017 l'Etat est contraint d'intervenir pour sauver Areva de la faillite.

L'entreprise est démantelée : Areva NP est cédé à EDF pour 2.5 milliards d'euros, les activités d'extraction et de traitement du combustible sont placées dans une nouvelle entreprise (renommées Orano), Areva TA redevient Technicatome après son partage entre l'Etat, la CEA, DCNS et EDF, les activités liées aux énergies renouvelables sont vendues à la découpe.
Finalement, il ne reste plus à Areva que... les dettes, les risques et les contentieux. La holding Areva est devenue une structure de défaisance destinée gérer ce passif puis à disparaître. Pour faciliter l'opération, l'Etat lui apporte 2 milliards d'euros. Il met aussi la main à la poche en souscrivant pour 2.5 milliards d'euros au capital d'Orano.

Finalement on a l'impression qu'Areva n'a été qu'une parenthèse de 15 ans et qu'on revient à l'organisation des années 80-90 avec trois entreprises indépendantes mais largement publiques : la propulsion nucléaire (Technicatom/Areva TA), le combustible (Cogema/Areva NC/Orano) et la construction de réacteurs (Framatome/Areva NP). EDF s'est d'ailleurs empressé de redonner à Areva NP son ancien nom.

Malgré ces similitudes, il y a une différence fondamentale : la construction et l'exploitation des réacteurs nucléaires sont désormais réunies au sein d'EDF. Il s'agit d'un changement radical.
Il est évidemment difficile de prévoir les conséquences de ce bouleversement. Un optimiste dirait que cette fusion met fin à une rivalité délétère au sein de l'industrie nucléaire française et que l'expérience d'EDF, premier exploitant de centrales nucléaires au monde, ne peut qu'aider à concevoir et construire des réacteurs plus performants.
Un pessimiste pourrait s'inquiéter qu'EDF, qui produit l'immense majorité de l'électricité consommée dans notre pays, lie son destin à la construction nucléaire, une activité qui a déjà ruiné tant d'entreprises.

Pour un autre éclairage sur ce sujet, je vous conseille cet article sur l'histoire de l'industrie nucléaire britannique.


Publié le 22 janvier 2018 par Thibault Laconde


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2018, année écologique ? La réponse de 5 influenceurs

Que nous réserve 2018 ? Climat, énergie, développement durable... quels seront les sujets qui feront l'actualité ? Va-t-on au devant d'une année d'immobilisme ou peut-on au contraire s'attendre à des avancées ?
Comme chaque année, j'ai invité quelques blogueurs et influenceurs à plancher sur la question. Voici leurs réponses :

Entretien : des nouvelles de la bulle carbone avec Mark Campanale et Laurence Watson de Carbon Tracker

Bulle carbone : comment le secteur financier gère-t-il le risque climatiqueA l'occasion du One Planet Summit en décembre, j'ai eu l'occasion d'échanger avec l'équipe de Carbon Tracker, un think tank britannique très actif dans la réflexion sur le risque carbone dans le secteur financier.
Ils sont notamment les auteurs de rapports sur les "actifs échoués" qui ont largement contribué à façonner la façon dont le secteur financier pense le changement climatique. Plus récemment ils ont publié une étude montrant que plus de la moitié des centrales à charbon européennes opèrent à perte.
J'ai pu discuter de ces deux sujets avec Mark Campanale, ancien gestionnaire de fonds et co-fondateur du think tank en 2010, et Laurence Watson, data scientist. Voici la retranscription de cet échange.

Vos rapports de 2011 et 2013 sur les "stranded assets" ont aidé à structurer la façon dont les investisseurs et les industries fossiles comprennent les risques liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Quels en sont les principaux points ?

Mark Campanale : Dans ces deux rapports, il y a trois grandes idées. La première est que le "budget carbone" permettant d'atteindre 2°C est limité et décroît, les émissions possibles avant que nous atteignons la limite des 2°C puis des 3°C est proche : 30-45 ans sur la base des trajectoires d'émissions actuelles.
Deuxièmement, le CO2 contenu dans les réserves d'énergie fossiles et les ressources non encore développées (voir ici pour une définition) dépasse très largement le budget carbone permettant d'atteindre 2°C - et une proportion considérable de ces ressources, de l'ordre de 40% en part de marché, est la propriété d'entreprises cotées.
Le dernier point est que cette situation présente un risque pour la bonne gestion et la stabilité des marchés financiers. Notez que les rapports ne parlent pas de "bulle financière" mais de "bulle carbone". La surabondance de carbone conduit à une mauvaise allocation des ressources financières vers des investissements sans valeur, c'est ce que nous appelons des stranded assets ou "actifs échoués".

Une demie-décennie plus tard, ces travaux sont-ils toujours d'actualité ?

Mark Campanale : Oui, je crois qu'ils sont toujours d'actualité. En bref, le raisonnement de ces premiers rapports est : si nous avons déjà suffisamment financé le développement des énergies fossiles pour dépasser 2°C, pourquoi continuer à investir ? La question reste inchangée. Comme notre conviction qu'il faut une transition organisée, méthodique - mais rapide - vers un système énergétique bas-carbone.

Est-ce que vous avez constaté des progrès dans ce sens ?

Mark Campanale : Oui. Dans trois domaines interdépendants. D'abord les investisseurs posent des questions de plus en plus détaillée sur la stratégie des majors des énergies fossiles. On le voit avec les initiatives Climate Action 100+, Transition Pathway ou Portofolio Decarbonization Coalition. Chercher à savoir si les producteurs d'énergies fossiles sont ou non sur la bonne voie est un réel progrès. Dans une certaine mesure, les désinvestissements annoncés par des groupes comme Axa ou, encore mieux, la Banque Mondiale illustrent cette tendance.
Le second progrès est la création de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures - Mark Carney a emprunté à notre premier rapport dans plusieurs de ses discours et encore lors du One Planet Summit. Et ce groupe de travail, devant lequel je suis intervenu à ses débuts, reflète vraiment ce que nous disions dans nos rapports : il faut plus de transparence sur les risques climatiques pour que les marchés financiers puissent leur donner un prix de manière plus efficiente.
Finalement : les entreprises répondent ! C'était vraiment important, par exemple, que Shell accepte d'évaluer ses émissions sur le scope 3 et reconnaissent une certaine responsabilité pour ces émissions indirecte. Nous pensons que les producteurs d'énergies fossiles vont commencer à rendre des comptes aux marchés dans le cadre défini par la TCFD et c'est un réel progrès par rapport à ce que nous réclamions dans nos premiers rapports.

Selon une de vos étude récente, 54% des centrales à charbon européennes fonctionnent à perte. Mais alors pourquoi sont-elles encore en service ? Et comment accélerer leur fermeture ?

Laurence Watson : Nous avons trouvé plusieurs raisons pour lesquelles les électriciens maintiennent en service ces centrales : l'espoir que les gouvernements mettent en place un mécanisme de capacité les rétribuant pour une puissance disponible, l'espoir que leurs concurrents ferment leurs centrales en premiers faisant remonter les prix, les coûts de démantèlement et de remise en état qui peuvent être très importants en particulier si la centrale est associée à une mine et l'opposition de certains gouvernements à ces fermetures, comme dans le cas d'Iberdola.
Pour accélérer la transition, il faudrait que les électriciens changent de stratégie plutôt que de réinvestir dans des centrales à charbon anciennes et de plus en plus déficitaires. Pour celà, il faut aussi que les décideurs publics créent un environnement favorable à cette transitions énergétique et que les investisseurs changent leur façon d'évaluer actifs liés au charbon, comme aux autres énergies fossiles d'ailleurs.

Publié le 17 janvier 2018 par Thibault Laconde

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[Infographie] Quelle est l'empreinte carbone de vos bonnes résolutions pour 2018 ?

Arrêter de fumer, moins boire, passer plus de temps en famille, manger plus sainement, bouger plus, etc. Vous vous apprêtez peut-être à prendre quelques unes de ces bonnes résolutions pour 2018.
Hé bien sachez qu'en plus d'être bons pour vous et votre santé, ces engagements contribuent souvent à protéger le climat. Vous serez surpris de voir à quel point vos bonnes résolutions peuvent réduire votre empreinte carbone pour cette nouvelle année... Une raison de plus de vous y tenir !

Rétrospective 2017 : les 5 articles les plus lus... et 5 autres qui mériteraient d'être (re)découverts

Quelle année, mes aïeux ! Entre l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, les élections françaises, allemandes et britanniques, les ouragans... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on n'a pas eu le temps de s'ennuyer. Pendant qu'on attend 2018 de pied ferme, pourquoi ne pas jeter un coup d'œil en arrière et voir ce qui vous a le plus intéressé...
 

Le TOP5 des articles de 2017


En 2017, j'ai publié 52 articles (and counting...) et, sauf inattendu notoire, le blog aura accueilli environ 750.000 lecteurs. Voici les 5 articles qui ont eu le plus de succès.

N°1 : Le programme énergie d'Emmanuel Macron

A tout seigneur tout honneur, c'est mon analyse de la politique énergétique proposée par le futur président de la République qui remporte d'assez loin la palme de l'article le plus lu cette année.
Lire l'article : Programme d'Emmanuel Macron : les renouvelables et le nucléaire à la loupe

N°2 : Les conséquences du Brexit pour le secteur de l'énergie

Si David Davis, le ministre anglais en charge du Brexit, a récemment reconnu qu'aucune étude d'impact sectorielle n'avait été faite, vous et moi nous sommes intéressés de près à ses implications pour la politique énergétique et climatique britannique et européenne..
Lire l'article : Brexit : quels effets pour le secteur de l'énergie

N°3 : RIP les 50% de nucléaire en 2025

Les nouveaux élus de la majorité se sont empressés d'abandonner cette promesse au nom de "nouveaux éléments" apparus depuis la campagne. Ils auraient pu gagner du temps en lisant cet article de mars 2017...
Lire l'article : 50% de nucléaire : pourquoi l'objectif est mauvais et par quoi le remplacer

N°4 : Energiewende, pourquoi tant de haine ?

Succès de scandale pour cet article. Mais il reste néanmoins parfaitement d'actualité au moment où une nouvelle manche du débat sur le nucléaire s'annonce.
Lire l'article : Notes aux haters de la transition énergétique allemande

N°5 : Nucléaire et renouvelables sont-ils compatibles ?

Ce dernier article est une surprise. Relativement récent et assez technique il trouve tout de même sa place dans ce top5. C'est sans doute que je ne suis pas le seul à me poser cette question.
Lire l'article : Le nucléaire est-il flexible ?



Le FLOP5 : 5 articles que vous avez ignoré mais que je vous invite à (re-)lire


Le succès ou l'échec d'un article est souvent une surprise, il arrive que quelques idées assemblées sur un coin de table connaissent un grand succès et parfois c'est l'inverse... Parmi ces articles qui n'ont pas trouvé leur public, en voici 5 que je vous recommande.

N°1 : Les précurseurs de la climatologie

Des Lumières au début du XIXe, cette série de 9 portraits publiés dans le creux de l'été est faite pour prendre un peu de recul sur l'épopée scientifique qu'a été la compréhension du climat et de son évolution.
Lire l'article : Sommaire de la série

N°2 : Comment lire les statistiques sur les énergies renouvelables

Nous allons bientôt voir fleurir les statistiques sur la transition énergétique et le développement des renouvelables pour 2017. Voici deux erreurs fréquentes à éviter si vous souhaitez les comprendre et les commenter.
Lire l'article : L'art et la manière de lire les statistiques sur les EnR

N°3 : Questions-réponses sur la décision américaine de sortir de l'Accord de Paris

L'annonce du retrait américain de l'Accord de Paris a été un des événement marquant de cette année et on n'a pas fini d'en voir les conséquences. Six mois après, cet article est toujours autant d'actualité...
Lire l'article : Tout ce qu'il faut savoir sur le retrait amérucain de l'Accord de Paris

N°4 : Harvey au Texas, le point un mois après

Publié un mois après l'ouragan Harvey, cet article montre comment une telle catastrophe a des effets durables même dans un pays aussi développé que les États-Unis.
Lire l'article : Comment, un mois après, l'ouragan Harvey continue à faire des dégats

N°5 : Ni oui, ni non, ni Berlin, ni Fukushima

En France les discussions sur le nucléaire ont souvent tendance à tourner en rond. Dans cet article, je vous propose un petit jeu pour essayer de renouveler le débat.
Lire l'article : Débat sur le nucléaire : et si on jouait à un jeu ?

Publié le 20 décembre 2017 par Thibault Laconde


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