50% de nucléaire en 2025 : prise de conscience attendue, naufrage démocratique

C'est donc fait : Nicolas Hulot, ministre de la transition énergétique, a enterré aujourd'hui l'objectif de réduire la part du nucléaire dans l'électricité française à 50% en 2025.

Une décision attendue


Cette annonce n'a rien d'une surprise. Évidemment toucher à l'atome est très compliqué en France. Évidemment, les objectifs climatiques nous interdisent de recourir aux énergies fossiles pour compenser la fermeture de réacteurs. Évidemment les économies d'énergies et les nouvelles capacités renouvelables, qui sont les seules alternatives responsables au nucléaire, ne sortent pas du chapeau... Mais surtout l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 est très mal choisi parce qu'il fixe un objectif de production nucléaire relatif à la production totale, elle même très majoritairement nucléaire.

Alors que passer de 75 à 50% de nucléaire est en apparence, moyennement ambitieux, cela se révèle quasi-impossible mathématiquement dès qu'on rentre dans le détail.
Pour y arriver, il aurait fallu une baisse massive de la production nucléaire et/ou une hausse toute aussi massive de la production non-nucléaire sur une période qui, pour le monde de l'énergie, est un claquement de doigt. Je n'ai personnellement jamais rencontré un élu ou un conseiller d'élu qui prenne cet objectif au sérieux. Ce qui ne l'a pas empêché d'être soutenu et voté...

C'est pourquoi, si cette annonce n'a rien d'une surprise, elle a tout d'un naufrage démocratique.
Inscrit dans la loi de transition énergétique en 2015, défendu par Emmanuel Macron pendant sa campagne (il était d'ailleurs le seul candidat à le reprendre), garanti par l'entrée au gouvernement de Nicolas Hulot, l'objectif de 50% de nucléaire avait un poids politique impressionnant. Peut-on maintenant y renoncer sans discréditer le Parlement, le gouvernement et le suffrage universel qui, tous à leur manière, l'ont ratifié ?

Extrait du programme d'Emmanuel Macron (toujours en ligne)
Une chose est sure : le manque de sérieux et de réalisme en politique énergétique abîme la présidence Macron, comme Fessenheim avait abîmé avant elle la présidence Hollande.

Un nouveau saut dans l'inconnu...


Alors que va-t-il se passer maintenant ? La France semblait enfin s'être dotée d'une vision de moyen terme pour sa transition énergétique, en remettant en cause l'objectif de 50% de nucléaire elle repart de zéro.
Une programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) doit être adoptée l'année prochaine. Ce document doit fixer la trajectoire énergétique du pays pour les 5 années qui viennent et naturellement elle doit respecter la loi, dont les fameux 50% de nucléaire gravés dans la loi sur la transition énergétique, sans quoi elle serait annulée par le Conseil d'Etat. L'annonce d'ajourd'hui signifie donc qu'il va falloir revoir la loi de 2015 et reouvrir la porte aux interminables débats idéologiques pour ou contre le nucléaire, et à tous les lobbys.
Et c'est ainsi que ce qui aurait du être une discussion technique encadrée par des objectifs de la loi de transition énergétique menace de devenir une nouvelle foire d'empoigne.

Il ne faut désespérer de rien : peut-être que cette remise à plat donnera naissance à des objectifs mieux construits et tout aussi ambitieux. Mais même dans ce cas, ils ne disposeront pas de la légitimité d'un engagement de campagne validé par le suffrage universel. Et, en arrivant trop tard dans la mandat d'Emmanuel Macron, ils risquent encore une fois d'encourager une position attentiste des industriels : après tout, pourquoi investir sur une politique énergétique qui sera peut-être remise en cause par une alternance dans deux ans ?

La décision de renoncer à l'objectif de 50% de nucléaire est normale, elle était parfaitement prévisible... Elle montre que la classe politique française ne sait toujours pas parler d'énergie, ou peut-être ne comprend pas de quoi elle parle.
Cette impasse était évitable : il aurait fallu avoir un débat sérieux pendant la présidentielle. Pour l'avoir occulté, Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe perdent aujourd'hui une bonne part de leur crédibilité. S'ils veulent éviter 5 nouvelles années d'immobilisme, il faut tirer les leçons de cet échec : le gouvernement doit livrer au plus vite une vision réaliste de la transition énergétique et s'efforcer de bâtir au moins un début de consensus autour d'elle. Le temps presse...


Publié le 7 novembre 2017 par Thibault Laconde



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1 commentaire :

  1. Je n'ai pas le même avis, il ne s'agit pas d'un échec de Macron (on retiendra qu'il s'était "engagé" à suivre les desiderata des écologistes), mais maintenant si l'un des chefs de file les plus enragés de ces écologistes reconnait qu'il nous a raconté des bourdes depuis des années ... vous ne voudriez tout de même pas que Macron n'en tienne pas compte !

    En faisant porter le chapeau de cette reculade à Hulot, Macron a certainement bien joué. On peut espérer que cela incitera certains (politiques, médias, et aussi simples citoyens) à ne plus faire une confiance absolue aux slogans écolos et à se poser des questions sur le bien-fondé de certains "dogmes" dont les médias nous rabattent les oreilles (diésel, glyphosate, ND des Landes, déchets nucléaires, Sivens, etc ...), ce qui lui permettrait de rendre "acceptables" des alternatives plus réalistes (mais là, je rêve un peu) !
    Signé: papijo

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