L'énergie du futur n'est plus ce qu'elle était

J'ai regardé récemment la bande annonce de Blade Runner 2049. Et on ne se refait pas : j'ai été frappé par la façon dont le film représente la production d'énergie dans ce futur proche.


Blade Runner, version 2019 : fracking hell


Mais d'abord, souvenez-vous du film original, sorti en 1982 et situé en 2019, c'est-à-dire pratiquement aujourd'hui. L'action s'ouvre sur un plan très sombre de Los Angeles : la nuit crevée par l'éclat des torchères sur fond de ville tentaculaire...

Blade Runner 1982 imagine l'énergie de 2019 : des puits de pétrole et de gaz au coeur de Los Angeles

Même si on ne nous en dit rien, il est tout de suite évident que l'exploitation des hydrocarbures joue un rôle important dans la société qu'on va nous décrire, au point que des installations pétrochimiques s'étendent jusqu'au coeur de la ville.

Cette représentation ne sort pas de nulle part : la Californie a longtemps été le premier État producteur de pétrole aux États-Unis et les derricks y font partie du paysage urbain dès le début du XXe siècle...
Depuis le début du XXe siècle des puits de pétrole existent dans les villes de Californie
Vue de Signal Hill, Californie en 1923 (Librairie du Congrès)
... Et jusqu'à aujourd'hui.
Aujourd'hui, on peut voir des derricks dans les zones urbaines de Californie comme ici à Beverly Hills
Un puit de pétrole actuel à Beverly Hills (via Google Maps)
A posteriori, cette vision de l'énergie dans les États-Unis des années 2010 tapait plutôt juste : l'introduction du film pourrait tout à fait être une évocation du boom du gaz et du pétrole de schiste avec ses forages jusqu'au milieu des quartiers résidentiels. Il est vrai qu'ici la réalité contemporaine est elle-même assez dystopique.


Blade Runner, version 2049 : solaire triomphant ?


Le Blade Runner de 2017 se passe en 2049, ce qui est aussi très proche sur l'échelle de temps des projets énergétiques : sauf accident, une centrale nucléaire ou thermique construite aujourd'hui sera encore là au milieu du siècle, une installation éolienne ou solaire aussi probablement.

La bande annonce de Blade Runner 2049 contient un plan qui rappelle beaucoup l'ouverture du premier film mais avec un paysage bien différent :

Blade Runner 2049 imagine un futur alimenté par des centrales solaires à concentration

L'ambiance ténébreuse du premier film est toujours là mais la technologie a changé : ce que vous venez de voir, ce sont des tours solaires. Au moins cinq.

Il s'agit de centrales solaires à concentration : un champs de miroirs qui reflètent les rayons du soleil vers un foyer situé en haut de la tour centrale, la chaleur est alors utilisée pour produire de la vapeur et entraîner une turbine. L'inertie thermique permet de produire de l'électricité même lorsque le soleil est voilé et pendant la nuit.
La centrale solaire de Crescent Dunes qui semble avoir servi de modèle au film (source)


Là aussi, il ne s'agit pas d'une pure invention. Je vous en ai déjà parlé : les tours solaires ont été mises au point en France, développées en Espagne mais c'est en Californie qu'elles sont en train de passer à l'échelle industrielle. C'est là que se trouve notamment la centrale d'Ivanpah, qui avec ses 392MW est la plus grande centrale solaire thermique au monde :

Centrale solaire à concentration d'Ivanpah (Californie), la plus puissante du monde
Centrale solaire à concentration d'Ivanpah (source)

Est-ce que cette vision est aussi prémonitoire que celle du film original ?
Évidemment, une oeuvre de fiction n'a pas de valeur prospective. Mais je trouve révélateur que la représentation de l'énergie ait évolué entre les deux films, et peut-être plus généralement dans la science fiction. D'autant que ce n'est pas le cas de toutes les technologies : les deux extraits montrent que la voiture individuelle (et volante) reste, elle, une convention indéboulonnable.

Publié le 1er octobre 2017 par Thibault Laconde



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